
« Nous considérons la création comme un vecteur de lien social » (Gaëlle Porte, Thanks for Nothing)
« Je nous définis comme un centre d’art et de solidarité nomade. Nous considérons la création comme un vecteur de lien social. Nous organisons des ateliers de co-création durant lesquels une œuvre, pensée par un artiste, est réalisée en sa présence, en collaboration avec des publics dits éloignés de la culture », déclare Gaëlle Porte, directrice artistique chez Thanks for Nothing, dans un entretien à News Tank, le 20/01/2026.
« Nos trois piliers d’action reposent sur la question environnementale, l’éducation et les droits humains. Nous sommes volontairement très larges, car une porosité existe entre tous ces sujets », ajoute-t-elle.
Thanks for Nothing a, par ailleurs, remporté un appel à projets de la Ville de Paris autour de la reconversion d’un ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul dans le 14e et ouvrira un centre de création et de solidarité en 2028. Intitulé “La Collective”, le centre d’art « comprendra un espace d’exposition d’un peu plus de 300 m2 et un centre d’hébergement d’urgence pérenne pour les familles en lien avec Emmaüs Solidarité », précise-t-elle.
Vocation de Thanks for Nothing, liens entre actions sociales et art contemporain, collaboration entre acteurs privés et institutions publiques, projets autour du centre d’art solidaire « La Collective », Gaëlle Porte répond à News Tank.
Comment est née l’association Thanks for Nothing ?
Thanks for Nothing, dont le nom est tiré d’un poème de l’artiste John Giorno (1936-2019), est né en 2017 d’un collectif de femmes. Ce n’était pas intentionnel, mais la culture, lorsqu’elle est liée à l’engagement social, relève souvent du féminin. Les co-fondatrices Blanche de Lestrange, Anaïs de Senneville, Marine Van Schoonbeek et Charlotte von Stotzingen travaillaient chacune à l’époque dans des musées, galeries ou fondations d’art contemporain. Blanche de Lestrange était directrice du développement des programmes « Hors les murs » de la FIAC Foire internationale d’art contemporain ; Anaïs de Senneville directrice des Amis du Centre Pompidou, Marine Van Schoonbeek, directrice de la galerie Chantal Crousel et Charlotte von Stotzingen directrice du Zurich Art Weekend, tout en étant impliquées bénévolement dans des actions sociales.
En 2017, la crise des migrants avait été particulièrement médiatisée, notamment lors de la mort du petit Aylan Kurdi sur une plage en Turquie. Marine Van Schoonbeek, qui était particulièrement attentive au sort des réfugiés, a lancé un événement artistique caritatif intitulé « We dream under the same sky » au Palais de Tokyo. L’événement proposait une vente aux enchères d’œuvres d’artistes renommés, en collaboration avec Christie’s, en faveur de cinq associations de terrain qui venaient en aide aux réfugiés. La vente a permis de récolter plus de deux millions d’euros qui ont été reversés aux associations sur une période de quatre ans
Marine Van Schoonbeek a choisi de démissionner de la direction de la galerie Chantal Crousel pour monter Thanks for Nothing en 2017À la suite de cette action, Marine Van Schoonbeek a choisi de démissionner de la direction de la galerie Chantal Crousel pour monter Thanks for Nothing à titre bénévole, pendant les premières années. J’ai rejoint l’association en 2019 en tant que bénévole également, puis en tant que salariée. L’association compte deux employées à temps plein et deux personnes qui travaillent à leur compte. 100 bénévoles travaillent également de façon ponctuelle en fonction des projets.
Quels objectifs poursuit l’association ?
Nos trois piliers d’action reposent sur la question environnementale, l’éducation et les droits humains. Nous sommes volontairement très larges, car une porosité existe entre tous ces sujets. Depuis 2019, nous organisons chaque année au musée du Louvre des « Rencontres Art et Engagement » autour d’une thématique, en invitant des professionnels de différents secteurs : des associations de terrain ou des ONG Organisation non gouvernementale , des artistes, des fondations, des journalistes et des scientifiques pour les inviter à dialoguer. En 2025, la thématique portait sur la santé mentale. En 2026, nous avons choisi l’habitat avec toujours la santé mentale en toile de fond.
Quel type d’actions menez-vous, et auprès de quels publics ?
Je nous définis comme un centre d’art et de solidarité nomade. Nous considérons la création comme un vecteur de lien social. Ainsi, nous organisons des ateliers de co-création dans lesquels une œuvre pensée par un artiste est réalisée en sa présence, en collaboration avec des publics dits éloignés de la culture. Nous faisons participer en priorité des élèves de tous âges, et des bénéficiaires d’associations comme des personnes réfugiées, des victimes de violences conjugales et des personnes âgées isolées. En outre, lors de ces ateliers, un moment de collation est prévu car les publics n’ont pas toujours accès à trois repas par jour.
Nous organisons également des maraudes « Food & poems », citoyennes, alimentaires et culturellesLe dernier atelier à ce jour s’est déroulé au musée d’Art moderne de la ville de Paris avec l’artiste Bianca Bondi autour des sujets de santé mentale. L’atelier s’est déroulé au sein d’une grande installation de l’artiste conçue pour la finale du Prix Marcel Duchamp 2025, et s’est déployé autour de la méditation et de l’écriture.
Auparavant, nous avons notamment organisé un atelier au Centre Pompidou avec l’artiste Lizette Chirrime, qui vient du Mozambique, également lauréate de la Résidence Gulbenkian & Thanks for Nothing. L’atelier était couplé avec l’exposition « Paris Noir » (du 19/03 au 30/06/2025) qui se tenait au Centre Pompidou. L’artiste a notamment animé un atelier de recyclage autour de vêtements portés par les participants pour revisiter des épisodes douloureux de leur passé. Cet atelier, organisé pendant une semaine en juin 2025, a reçu au total 200 participants, et était financé par la fondation Gulbenkian. Cet exemple est révélateur des liens entre le mécénat d’un acteur privé et l’accueil d’une institution publique.
Nous élaborons, par ailleurs, des visites pédagogiques dans des galeries d’art afin de rendre le discours des équipes plus accessibles auprès des publics. Au cours de ces visites, nous leur demandons de présenter le rôle de la galerie dans l’écosystème du milieu de l’art contemporain ainsi que le métier de galeriste, dans l’objectif de favoriser des vocations auprès des jeunes en milieu scolaire.
Nous organisons également des maraudes « Food & poems », citoyennes, alimentaires et culturelles durant lesquelles nous distribuons des repas chauds grâce au cuisinier Manu Solidaire, des produits d’hygiène, des vêtements, mais aussi, avec la poétesse Josiane Asmane, des écrits d’artistes renommés ou de créateurs émergents dans différentes langues. La culture est un point d’entrée pour pouvoir discuter avec ces personnes en difficulté.
Quel est le coût moyen d’un atelier de co-création ?
Selon l’échelle de l’atelier de co-création, les coûts peuvent s’élever en moyenne à 6 000 €, incluant une rémunération de l’artiste d’environ 1 000 €, c’est le cas notamment pour les ateliers financés par la Fondation Rubis Mécénat. En fonction des partenaires et des formats, il nous arrive également d’organiser des ateliers plus « légers », avec des coûts moins hauts, ou, à l’inverse, parfois sensiblement plus importants.
Quelles sont les autres actions menées en faveur des artistes ?
Nous avons notamment conçu un programme d’accompagnement d’artistes étrangers vivant en France avec la fondation Porosus, issue de la famille Lacoste. Ce programme attribue un financement de 5 000 € sans contrepartie aux artistes, afin de soutenir la production d’une œuvre ou d’un projet en cours. Outre ce soutien à la création, les lauréats ou lauréates sont accompagné(e)s par l’équipe de Thanks for Nothing dans le développement et la valorisation de leur travail artistique.
Nous avons conçu un programme d’accompagnement d’artistes étrangers vivant en France avec la fondation PorosusUne mise en lumière du travail des artistes est également prévue dans un cadre institutionnel, sous la forme d’un accrochage, d’un atelier ou d’une rencontre. Enfin, des temps d’échange sont organisés avec les équipes du Fonds de dotation Porosus et les partenaires du programme.
Lauréats 2025 du programme annuel
- Arda Asena, tapisserie et arts textiles (Turquie)
- Frederik Exner, sculpture (Danemark)
- Anne Simin Shitrit, photographie (Israël)
Comité de sélection
- Sophie Lacoste, présidente, Fonds de dotation Porosus
- Muriel Panel, déléguée générale, Fonds de dotation Porosus
- Aurélie Julien, fondatrice et directrice d’Aurélie Julien Collectible, conseil en art et design de collection, collectionneuse
- Daria de Beauvais, curatrice senior et responsable des relations internationales au Palais de Tokyo
- Stéphanie Moisdon, critique d’art, commissaire d’exposition, codirectrice du Consortium, centre d’art contemporain de Dijon et professeure à l’École supérieure d’art et de design de Lausanne
- LoÏc Garrier, directeur, Galerie Ceysson & Bénétière, Paris
- Niklas Svennung, associé, Galerie Chantal Crousel
- Lotfi Ouanezar, directeur général d’Emmaüs Solidarité
- Marine Van Schoonbeek, directrice générale et co-fondatrice de Thanks for Nothing
- Gaëlle Porte, directrice artistique à Thanks for Nothing
- Antoinette Vincent, chargée des projets artistiques à Thanks for Nothing.
Vous avez remporté un appel à projets de la Ville de Paris autour de la reconversion de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul dans le 14e. En quoi consiste ce projet ?
En 2019, nous avons remporté un grand appel à projets de la Ville de Paris , avec l’objectif de créer un centre d’art solidaire « La Collective » qui comprendra un espace d’exposition d’un peu plus de 300 m2 et un centre d’hébergement d’urgence pérenne pour les familles en lien avec Emmaüs Solidarité. Les familles seront également décisionnaires dans la programmation du centre d’art dans l’objectif de rendre la culture accessible à tous. Le centre qui devait ouvrir en 2025 sera inauguré finalement en 2028.
Pour quelles raisons l’ouverture de la Collective est-elle retardée ?
Il était très ambitieux de la part de la Ville de Paris de faire travailler ensemble des associations vulnérables avec de grands promoteurs immobiliers qui ne partagent pas les mêmes objectifs. Outre la crise sanitaire et la guerre en Ukraine qui ont ralenti le projet, l’un des premiers promoteurs immobiliers s’est également retiré du projet, car le loyer que nous paierons sera en dessous du prix du marché, ce qui peut poser problème au promoteur. Il a fallu lancer de nouveau un appel d’offres auquel nous avons concouru et gagné mais cela nous a fait perdre beaucoup de temps.
En attendant d’ouvrir la Collective, nous organisons une résidence artistique dans un ancien hôpital de La RochefoucauldPar ailleurs, en attendant d’ouvrir la Collective, nous organisons une résidence artistique dans un ancien hôpital de La Rochefoucauld (Paris 14e) en collaboration avec Plateau Urbain, une coopérative d’immobilier solidaire et d’urbanisme transitoire et temporaire. La programmation publique associée portée par Thanks for Nothing comprend une exposition, des ateliers de co-création dans le cadre de la résidence, et un festival culturel et engagé. En parallèle, des espaces de travail sont mis à disposition d’artistes et d’associations. Cet aspect n’est pas porté par Thanks for Nothing, même si nous collaborons avec l’écosystème.
Comment mesurez-vous l’impact de vos actions ?
En calculant le nombre de personnes touchées par nos actions et le nombre de repas distribués. Nous prêtons aussi attention à la typologie des publics. Enfin, nous travaillons avec les associations et les enseignants pour connaître leurs retours et nous améliorer sur l’organisation des ateliers ou sur les repas, par exemple.
Quel est le modèle économique de Thanks for Nothing ?
Thanks for Nothing est d’une part une association, et d’autre part une SAS Société par actions simplifiée , détenue par l’association, qui respecte notre charte éthique. La SAS est conçue pour répondre à des prestations de conseils auprès d’autres sociétés. Nous bénéficions de 10 % de subventions publiques, et de 80 % de mécénat, dont 20 % de financements privés individuels. Notre chiffre d’affaires annuel s’élève en moyenne à 450 000 €.
Parcours
Directrice artistique
Enseignante
Directrice adjointe
Co-conceptrice
Commissaire d’exposition
Directrice
Agent de liaison avec les artistes
Responsable d’exposition
Fiche n° 55744, créée le 19/01/2026 à 15:53 - MàJ le 19/01/2026 à 16:04
Thanks for Nothing
• Fondée en 2017
• Thanks for Nothing est « une organisation qui mobilise les artistes et le monde de la culture en organisant des événements artistiques et solidaires ayant un impact concret sur la société ».
• Mission : concevoir des formats innovants d’événements culturels et solidaires, gratuits et accessibles à tous. La programmation de Thanks for Nothing est pensée « afin de contribuer au progrès social selon trois axes : la défense des droits humains, l’éducation et la protection de l’environnement ».
• L’organisation a développé « plus de 50 projets artistiques et engagés, accueillant plus de 500 000 participants, dont une part importante de publics éloignés de la culture ». Elle a collaboré avec « plus de 150 artistes internationaux » et soutenu « de plus de 50 associations partenaires, mobilisant plus de 3 M€ grâce à des initiatives artistiques solidaires ».
• En 2028 : ouverture de La Collective, centre d’art et de solidarité (Paris 14e)
Le lieu de 3 500 m² accueillera expositions, résidences d’artistes, programmes publics, conférences, performances, ainsi qu’un dispositif d’hébergement d’urgence développé en partenariat avec Emmaüs Solidarité.
• Directrice générale et co-fondatrice : Marine Van Schoonbeek
• Directrice artistique : Gaëlle Porte
• Contact : Antoinette Vincent, chargée de projets artistiques et de gestion administrative
Catégorie : Etude / conseil
Adresse du siège
16 rue Breguet75011 Paris France
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Fiche n° 17144, créée le 19/01/2026 à 16:27 - MàJ le 19/01/2026 à 17:20
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