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2e congrès Sites et Cités : « Remplacer la logique du territoire par celle de destination » (C. Mantei)

News Tank Culture - Paris - Actualité n°102730 - Publié le 29/09/2017 à 14:00
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©  Léa Lootgieter
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« L’enjeu qui nous mobilise tous est de faire tomber les barrières entre les politiques culturelles et touristiques qui continuent à survivre malgré tous les discours et initiatives. Nous devons développer le travail entre opérateurs publics et privés. Au CMN Centre des monuments nationaux , nous sommes dans une logique d’innovation sur le plan financier. Le projet de l’Hôtel de la Marine (Paris 8e) est caractéristique de cette volonté puisque sa rénovation sera pour l’essentiel financée par un emprunt, entièrement remboursé par les recettes d’exploitation, notamment la location d’espaces de bureaux. La clé de survie de nombreux monuments dépend de leur capacité à trouver une activité économique qui peut s’y installer », déclare Philippe Bélaval Président @ Centre des Monuments Nationaux (CMN)
, dans le cadre de la plénière « Patrimoine et tourisme culturel : Quelles propositions pour un développement harmonieux sur l’ensemble du territoire ? », organisée lors du 2e congrès national de l’association Sites et Cités remarquables au Chanel - Scène nationale de Calais (Pas-de-Calais) le 28/09/2017.

« Le tourisme patrimonial se porte bien en France, mais il ne faut pas non plus être dans une position trop arrogante. Nos concurrents européens sont très bien équipés, y compris l’Allemagne qui nous a pris 10 % de part de marché des touristes en provenance des Pays-Bas. Les villes les plus petites doivent sortir de la logique de territoire pour aller vers une logique de destination. Il faut marier le patrimoine avec l'œnotourisme ou le cyclotourisme - plébiscité par les jeunes générations et les seniors -, travailler sur l’itinérance et ne jamais oublier que le principal média est le voyageur lui-même à travers les réseaux sociaux », ajoute Christian Mantei, directeur général d’Atout France.

« Le patrimoine doit être en mouvement et la compagnie La Machine à Nantes essaye d’y contribuer. Notre nouveau projet avec la Ville de Calais est d’envergure : 22 M€ étalés jusqu’en 2024-2025. Nous allons créer le “Dragon de Calais”, animal choisi pour son lien avec l’eau, la terre et la mer - comme la ville qui l’accueillera dès l’automne 2019. Cette machine arrivera au cours d’un grand spectacle et accompagnera la transformation du front de mer. Elle sera abritée la nuit dans une nef de verre illuminée sur le port », indique François Delarozière, directeur artistique de la compagnie La Machine à Nantes.

Christophe des Roseaux, directeur des investissements, tourisme, loisirs et culture de la Caisse des dépôts et consignations ; Anne Gallo, présidente du CRT Comité régional du tourisme Bretagne, vice-présidente de la Région Bretagne ; Michel Durrieu, directeur du CRT Nouvelle-Aquitaine ; Lilian Sally, directeur adjoint des affaires culturelles de la Ville de Bordeaux ; et Pascal Pestre, adjointe au maire, président de l’Office de tourisme de Calais, participaient également à la plénière modérée par Martin Malvy Président @ Sites et Cités remarquables de France • Président @ Communauté de communes du Grand Figeac
, président de Sites & Cités remarquables de France.


« La clé de survie de nombreux monuments dépend de leur capacité à trouver une activité économique qui peut s’y installer » (Philippe Bélaval)

  • L’enjeu qui nous mobilise tous est de faire tomber les barrières entre les politiques culturelles et touristiques qui continuent à survivre malgré tous les discours et initiatives. Leur survivance relève du paradoxe car culture et tourisme sont liés.
  • Il ne faut pas oublier que le sentiment patrimonial en France est né sous l’impulsion de personnalités, comme Prosper Mérimée (1803-1870), qui étaient des touristes. À l’inverse, le tourisme, pour des millions de français et d'étrangers, est l’un des principaux modes d’accès à la culture.
  • Le patrimoine a des atouts considérables pour contribuer à une politique de redynamisation des territoires. Tout d’abord, il se trouve absolument partout. Il n’y a aucune zone qui n’ait des églises, châteaux, du patrimoine naturel ou industriel. Il est également porteur d’idées positives, même s’il ne faut pas oublier que certains monuments sont liés à une mémoire douloureuse. De fait, il est porteur de beauté, de durabilité et même de transcendance.
  • Le CMN Centre des monuments nationaux vit sur un modèle économique robuste - celui de la péréquation budgétaire et de la subsistance par ses activités propres - qui lui permet de faire face à la conjoncture économique difficile. Nous sommes un véritable réseau et aujourd’hui l’heure est aux réseaux avec notamment les Sites et Cités remarquables, les Centres culturels de rencontre ou encore le Réseau des sites majeurs Vauban. Il faut que tous ces réseaux se rapprochent les uns des autres et que les sites isolés se rattachent à des réseaux.
  • Nous devons développer le travail entre opérateurs publics et privés. Au CMN, nous sommes dans une logique d’innovation sur le plan financier. Le projet de l’Hôtel de la Marine (Paris 8e) est caractéristique de cette volonté puisque sa rénovation sera pour l’essentiel financée par un emprunt. Ce dernier sera remboursé par les recettes d’exploitation, notamment la location d’espaces de bureaux. La clé de survie de nombreux monuments dépend de leur capacité à trouver une activité économique qui peut s’y installer.
  • Mais ce n’est pas toujours aussi simple. Certains établissements « moins prestigieux » ont du mal à intéresser les acteurs privés comme le château de Villers-Cotterêts (Aisne) qui n’arrive pas à susciter l’engouement malgré ses milliers de mètres carrés en mauvais état à louer.
  • De même, la bureaucratie est également un frein. J’essaye de transformer les dépendances du domaine de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) et du château de Rambouillet (Yvelines) en logements sociaux depuis 2013 sans succès. Le blocage provient de la DIE Direction de l’immobilier de l'État (anciennement France Domaine) au niveau national ou départemental.

Philippe Bélaval, président du CMN

« Faciliter la rencontre entre acteurs patrimoniaux publics et opérateurs privés » (Christophe des Roseaux)

  • L’une de nos missions est de créer de l’activité économique dans les sites remarquables du patrimoine français. Parmi les montages financiers que nous avons soutenus, figure la création d’un hôtel de 54 chambres dans le château-fort de Sedan (Ardennes) - le plus grand d’Europe - qui est aujourd’hui classé 4 étoiles et qui permet aux touristes de plonger dans l’histoire du monument, lors du Festival médiéval en mai.
  • D’autres projets sont en cours : celui d’un hôtel haut de gamme à l'EPV Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles , piloté par le groupement LOV Hotel Collection/ Alain Ducasse Entreprise et la création d’un lieu événementiel dans l’un des derniers hangars de dirigeables à Meudon (Hauts-de-Seine).
  • Il faut parfois simplement une volonté politique forte et un opérateur privé innovant pour réaliser ce type d’opérations. Nous facilitons ensuite la rencontre. Nous nous positionnons comme investisseurs, non comme mécènes. Nous participons au financement de ces projets via nos ressources propres.

Christophe des Roseaux, directeur des investissements, tourisme, loisirs et culture de la Caisse des dépôts et consignations

« La loi NOTRe n’a pas clairement défini de chef de file dans la gestion du patrimoine » (Anne Gallo)

  • La Bretagne fait partie des 22 Contrats de destination promus par Atout France à l’international dans la catégorie « Écotourisme, bien vivre et découverte de sites naturels et patrimoniaux ». Nous sommes notamment la première Région européenne en termes de patrimoine religieux. Nous nous appuyons également sur nos différents labels : huit « Villes et Pays d’art et d’histoire » , 22 « Petites cités de caractères » et 34 « Communes du Patrimoine Rural de Bretagne ».
  • Nous avons réalisé une enquête, en 2016, pour déterminer les revenus liés aux touristes dans la région ; au total 7 Md€ de recettes réparties comme suit : 4,5 Md€ pour le tourisme et 2,5 Md€ pour l’excursionnisme. Cela représente 8,5 % du PIB Produit intérieur brut de la Région.
  • La loi NOTRe Loi portant sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République n’a pas clairement défini de chef de file dans la gestion du patrimoine. Nous avons donc travaillé à la mode bretonne en réunissant l’ensemble des acteurs lors d’une CTAP Conférences territoriales de l’action publique, instituées par la loi du 27/01/2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Elles établissent un pacte de…  dédiée au tourisme sous la présidence de Jean-Yves Le Drian (ancien président du conseil régional de Bretagne de 2015 à 2017, NDLR) en décembre 2016.
  • À son issue, nous avons élaboré une CTEC convention territoriale d’exercice concerté de la compétence . Ce qui nous a rassemblés c’est une volonté de mettre en avant les hot spots sites à grande fréquentation  et de travailler en lien avec le secteur privé. Cette CTEC définit notamment 10 destinations touristiques prioritaires avec un onzième univers centré sur les îles.

Anne Gallo, présidente du CRT Comité régional du tourisme Bretagne, vice-présidente de la Région Bretagne

« Les Contrats de destination sont une porte d’entrée sur un territoire » (Michel Durrieu)

  • La Nouvelle-Aquitaine est un territoire qui fait la taille de l’Autriche et qui a la population du Danemark. En outre, elle accueille 9 des 41 sites français classés au patrimoine mondial de l'Unesco Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture . Nous accueillons actuellement 27 millions de touristes annuels et nous atteindrons les 32 millions en 2020 avec des revenus estimés à 15 Md€. La question de la structuration de l’offre est essentielle pour nous.
  • La France a un fort potentiel de croissance dans le tourisme international patrimonial. Il faut savoir qui sont ces nouveaux visiteurs. Par exemple, Lascaux 4  - Centre international de l’art pariétal à Montignac-Lascaux (Dordogne) accueille de plus en plus de visiteurs allemands. La raison en est simple : la population allemande est vieillissante, elle vient de moins en moins en famille sur le littoral et de plus en plus en couple - en avion - pour visiter des sites culturels à l’intérieur du pays. Surtout, il ne faut pas oublier d’interroger aussi ceux qui ne viennent pas - ce que nous avons fait à l'été 2017 pour la Cité du vin à Bordeaux (Gironde).
  • Les Contrats de destination sont une porte d’entrée sur un territoire qui permet ensuite aux touristes de découvrir « la salle à manger », « la chambre » ou même « les toilettes ». Il faut réussir à créer ce parcours, à imaginer que l’on est dans une seule et même maison. C’est seulement de cette façon que les petits monuments pourront trouver leur place, en les pensant dans un environnement plus large.
  • Il faut arrêter de ressasser les côtés négatifs de la loi NOTRe, notamment la multiplicité des interlocuteurs possibles sur la question du patrimoine. Cette loi a le mérite d’avoir défini un processus clair : la Région doit définir un plan de développement touristique, décliné ensuite par les Départements et les Offices du tourisme.
  • Cela va permettre de flécher les financements étatiques vers les Régions et Départements qui s’inscrivent dans cette politique globale et cela constitue une avancée.

Michel Durrieu, directeur du CRT Nouvelle Aquitaine

« Il ne faut pas être dans une position trop arrogante, nous avons des concurrents patrimoniaux de taille en Europe » (Christian Mantei)

  • Le tourisme au niveau mondial est une économie de l’offre, pas de la demande. De fait, sa politique doit toujours être précédée par des investissements.
  • Actuellement, la croissance la plus flagrante dans le secteur du tourisme est celle des citadins dans les grandes villes. Ces dernières sont devenues de véritables destinations dans lesquelles on peut tout vivre y compris le rapport avec la nature ou la gastronomie. Le marché mondial, notamment les zones rurales, est écrasé par les grandes villes.
  • Le tourisme patrimonial se porte bien en France, mais il ne faut pas non plus être dans une position trop arrogante. Nos concurrents européens sont très bien équipés, y compris l’Allemagne qui nous a pris 10 % de part de marché des touristes en provenance des Pays-Bas. Le Japon se détache également clairement sur la carte mondiale avec dans les prochaines années 40 millions de touristes annuels attendus.
  • Les villes les plus petites doivent sortir de la logique de territoire pour aller vers une logique de destination. Il faut marier le patrimoine avec l'œnotourisme ou le cyclotourisme - plébiscité par les jeunes générations et les seniors -, travailler sur l’itinérance et ne jamais oublier que le principal média est le voyageur lui-même à travers les réseaux sociaux.

Christian Mantei, directeur général d’Atout France

« Corréler le patrimoine avec un projet urbain, la vie fluviale et la gastronomie » (Lilian Sally)

  • Nous avons lancé un Plan patrimoine en 1995 avec un axe décisif, celui de le corréler avec un projet urbain qui déplacerait le centre de gravité de la ville, favoriserait les transports doux et valoriserait les façades du XVIIIe siècle. Dans un deuxième temps, nous nous sommes également appuyés sur notre patrimoine maritime, industriel et militaire.
  • Cette politique a été payante, puisqu’en 2007 la ville a été classée sur le patrimoine mondial de l’Unesco, en 2009 elle a obtenu le label « Ville et Pays d’Art et d’Histoire » et elle est régulièrement classée dans les médias comme la ville « la plus tendance », « la plus agréable », etc.
  • Le label « Ville et Pays d’Art et d’Histoire » a permis de décloisonner le travail des différents acteurs de la culture, du tourisme et de l’aménagement qui, avant 2009, travaillaient en silo. L’animation de notre patrimoine s’appuie désormais sur quatre piliers : la culture, l'œnotourisme, la vie fluviale et la gastronomie. Nous accueillons 6 millions de visiteurs annuels et 50 escales de croisières maritimes avec plus de 32 000 passagers qui ont un impact décisif sur le nombre de nuitées dans la ville.

Lilian Sally, directeur adjoint des affaires culturelles de la Ville de Bordeaux

« Il fallait trouver une idée révolutionnaire pour changer la mauvaise image de Calais » (Pascal Pestre)

  • Avec la crise migratoire, l’image de Calais s’est fortement dégradée et il fallait trouver une idée révolutionnaire pour changer cette image et pour sortir les habitants de cette période traumatique. Le projet de François Delarozière s’est alors imposé.

Pascal Pestre, adjointe au maire, président de l’Office de tourisme de Calais

« Un projet de machines de 22 M€ pour accompagner la transformation du front de mer à Calais » (François Delarozière)

  • Nous avons montré le Cheval-dragon et l'Araignée géante de la compagnie La Machine (Nantes) à Calais du 23 au 26/06/2016. Les deux machines qui évoluaient dans la ville ont permis à ses habitants de regarder ses rues, ses places de manière un peu différente. Nous avons accueilli 250 000 visiteurs sur ce laps de temps très réduit.
  • Nous avons de la chance en France - contrairement aux villes américaines - d’avoir énormément de places qui permettent aux habitants de se réunir, de participer à des agoras citoyennes. Le patrimoine doit être en mouvement et nous essayons d’y contribuer.
  • Notre nouveau projet avec la Ville de Calais est d’envergure : 22 M€ étalés jusqu’en 2024-2025. Nous allons créer le Dragon de Calais, animal choisi pour son lien avec l’eau, la terre et la mer comme la ville qui l’accueillera dès l’automne 2019. Cette machine arrivera au cours d’un grand spectacle et accompagnera la transformation du front de mer. Elle sera abritée la nuit dans une nef de verre illuminée sur le port.
  • Dans un deuxième temps, nous proposerons des machines en forme de varans et d’iguanes qui transporteront les visiteurs jusqu’aux anciens bunkers et au Fort Nieulay, bâtiment magnifique mais peu connu. Nous contribuerons à créer 70 emplois et à changer l’image de la ville.

François Delarozière, directeur artistique de la compagnie La Machine à Nantes

Sites et Cités remarquables de France

• Association des Villes et Pays d’art et d’histoire et des Sites patrimoniaux (anciennement ANVPAH & VSSP)

• Réunit 260 villes et territoires porteurs d’un label Villes et Pays d’art et d’histoire, d’un site patrimonial remarquable (anciens Secteur sauvegardés, Zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager, et Aires de valorisation de l’architecture et du patrimoine ) ou qui sont en cours de candidature pour l’un des deux classements.

• Créée en 2000 par quatre membres fondateurs :

- Michel Bouvard, député, vice-président du conseil général de Savoie

- Yves Dauge, membre fondateur

- Martin Malvy, ancien président de la communauté de communes du Grand Figeac (2014-2018) et ancien président du conseil régional de Midi-Pyrénées (1998-2015)

- Jean Rouger, membre fondateur

• Mission : partager interrogations et expériences sur les politiques de protection et de valorisation du patrimoine.

• Président : Martin Malvy

• Directrice : Marylise Ortiz

• Tél : 09 72 49 97 04


Catégorie : Divers Public


Adresse du siège

20 cours Pasteur
33000 Bordeaux France


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Fiche n° 3287, créée le 04/05/2015 à 10:05 - MàJ le 11/12/2020 à 17:32

©  Léa Lootgieter
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