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Think 2021 : « Peut-être faudrait-il créer une délégation interministérielle à l’EAC ? » (É. Robert)

Paris - Actualité n°227569 - Publié le 10/09/2021 à 17:40
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'L'éducation artistique et culturelle : enfin la généralisation ?' - ©  News Tank

« Nous avons été frappés de voir que l’Inseac Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle s’est créé depuis l’Éducation nationale sans association des professionnels de la culture (…). Ce n’est pas grave en soi car l’on sait que les choses vont évoluer dans le bon sens, mais c’est révélateur des difficultés qui subsistent entre les deux ministères pour qu’ils travaillent bien ensemble », déclare Émilie Robert Directrice @ Théâtre Massalia • Co-présidente @ Scènes d’enfance-Assitej France
, directrice du Théâtre Massalia, Scène conventionnée art, enfance, jeunesse (Marseille), au cours de son intervention dans le module consacré à l’EAC Éducation artistique et culturelle , dans le cadre du thème « Le ministère de la Culture et ses modalités d’intervention : un modèle à revoir ? », à l’occasion de la 6e édition de Think Culture au Centre Pompidou • Établissement public culturel pluridisciplinaire ouvert en 1977. • Réunit le Musée national d’art moderne (Mnam / CCI (Centre de création industrielle), le Département culture et création…  le 07/09/2021. « Peut-être faudra-t-il, à un moment donné, imaginer une délégation interministérielle qui aurait au moins le mérite de poser cette idée que, sur la question spécifique de l’EAC, les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale doivent avoir un endroit absolument commun », poursuit-elle. 

« Je ne crois pas du tout au fait de rajouter une délégation quelconque pour créer les conditions de ce travail interministériel. Il me semble que le travail entre les deux ministères a été très bien engagé pendant la crise sanitaire. (…) Celle-ci a réinterrogé et accéléré les politiques et logiques interministérielles d’accès à la culture, qui restent, certes, à optimiser. Le fait que nous ayons été pendant longtemps privés de l’accès aux salles, aux cinémas, doit contribuer à un regain d’enthousiasme et de mobilisation pour l’EAC », indique pour sa part Marie-Caroline Missir Directrice générale @ Réseau Canopé
, directrice générale de Réseau Canopé • Canopé (Réseau de création et d’accompagnement pédagogiques) est un éditeur de ressources pédagogiques public • Opérateur public du ministère de l'Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur…

News Tank rend compte des échanges.

« 55 % d’élèves de REP ont accès à au moins une action d’EAC pendant leur année scolaire, contre 64 % pour les élèves hors REP » (Marie-Caroline Missir)

  • « L’Éducation nationale a la capacité d’agir comme une caisse de résonance, un levier puissant de la politique menée au ministère de la Culture, au plus près des élèves et des enseignants.
  • Depuis 2017, il y a une inscription très forte de l’éducation artistique et culturelle dans les priorités de l’Éducation nationale, en lien avec le ministère de la Culture.
  • À l’occasion de cette rentrée 2021, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a fait un bilan du plan des arts à l’école mis en place en 2018. Celui-ci s’articule autour de cinq priorités : la lecture, le chant choral, l’éloquence, l’éducation du regard à travers les œuvres d’art, l’éducation aux médias et à l’information. Par ailleurs, la réforme des lycées a inscrit de nouvelles compétences en matière d’éloquence, laquelle rentre aussi dans le champ de l’EAC.
  • Parmi les résultats, on peut avancer celui de l’augmentation des chorales à l’école (+ 8 % en deux ans) ou celui du nombre d’élèves pratiquant un instrument (+ 10 % en deux ans).
  • Évidemment, tous ces éléments ne fonctionneraient pas si nous n’avions pas une politique de formation très volontariste, mission qui incombe à Réseau Canopé. Cette politique repose sur deux pieds :
    • La création de ressources pédagogiques, à l’image de “Théâtre en acte” (qui est une plateforme interactive invitant à découvrir une sélection d’œuvres classiques, contemporaines ou jeunesse) ainsi que différents guides.
    • La formation des enseignants avec la création de l’Inseac Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle . Avec la nouvelle mission de formation des enseignants tout au long de la vie qui incombe à Réseau Canopé, nous allons contribuer aux formations proposées à l’Inseac. 
  • Pour cette rentrée 2021, il y a aussi un attachement très fort à surmonter les biais sociaux d’accès à la culture. Malgré les actions volontaristes du ministère, 55 % d’élèves de REP réseau d'éducation prioritaire ont accès à au moins une action d'EAC Éducation artistique et culturelle pendant leur année scolaire, contre 64 % pour les élèves hors REP. C’est un enjeu -cela ne surprendra pas- sur lequel nous travaillons beaucoup collectivement.
  • À l’occasion de cette rentrée 2021, le ministère de l’Éducation nationale appuie la généralisation du pass culture dès la classe de 4e Publié le 20/05/2021 à 19:59
    Le Président de la République Emmanuel Macron annoncera la généralisation du Pass Culture à l’ensemble des départements français, lors d’un déplacement à Nevers (Nièvre) sur le thème de la culture…
    , prévue au 01/01/2022, avec une phase expérimentale dans les académies de Rennes et de Nantes. L’accès au pass culture dès la 4e doit avoir un impact concret dans les classes ; il doit donner l’opportunité aux établissements d’accompagner les élèves dans des dynamiques de projets qui permettront de dépasser la dimension individuelle de l’accès au pass culture. »

    Marie-Caroline Missir
  • « La question de l’EAC est une histoire de longue haleine qui s’est développée il y a de nombreuses années avec l’idée d’inscrire pleinement une éducation aux arts à l’école. Elle continue de se développer aujourd’hui, notamment via les dispositifs qui viennent d’être énoncés.
  • Historiquement, la place laissée au sport dans l'Éducation nationale a toujours été assez évidente, même si inégalement pratiqué en primaire. Mais la question des arts et de la culture était, elle, encore plus inégalement pratiquée à l'école. Quand on arrivait au secondaire, on investissait l’art plastique et la musique, tout le reste était laissé de côté. La danse a tout de même réussi à faire une petite entrée à l'école via la pratique sportive.
  • C’est donc intéressant que l’on se soit pleinement axé sur la question de l’EAC. Mais elle a souvent été la focale par laquelle on a apprécié tout ce qui concernait l’art, l’enfance et la jeunesse. À tel point d’ailleurs que, du côté de Scènes d’enfance - Assitej France Association née de la fusion de Scènes d’enfance et d’ailleurs et d’Assitej France. • Créée le 15/12/2015 • Missions : - défendre et promouvoir le spectacle vivant pour l’enfance et la… , notre cheval de bataille a longtemps été de rappeler qu’au cœur de tout cela il y avait la création artistique et que c'était bien par celle-ci qu’il fallait commencer. Il n’y a pas d’EAC s’il n’y a pas d’œuvre ni d’artiste.
  • Nous sommes aujourd’hui dans un moment différent. Dans le dialogue que nous avons avec la DGCA Direction générale de la création artistique , la question de la création adressée à l’enfance et la jeunesse a trouvé sa place et sa reconnaissance même s’il y a encore des améliorations à apporter. Mais on peut dire que depuis la Belle Saison avec l’enfance et la jeunesse (en 2014), la situation n’a de cesse de s’améliorer.
  • Aujourd’hui par exemple, plusieurs villes de la Région Sud PACA Provence-Alpes-Côte d’Azur se sont tournées vers le dispositif de 100 % EAC. Marseille s’y est notamment intéressée pour, pour l’instant, diagnostiquer que c’est un investissement trop important et difficile pour la Ville. Toutefois, cet intérêt lui a permis, à défaut de s’y atteler tout à fait, de constater qu’il y avait déjà beaucoup de choses qui existaient sur le territoire.
  • Il y a énormément de dispositifs très intéressants. Mais ils mériteraient tous, comme cela arrive périodiquement, d’être remis à plat et réinterrogés pour mieux les articuler. »

    Émilie Robert

« Travailler sur la question de l’enfance et de la jeunesse selon des schémas directeurs » (Émilie Robert)

  • « Malgré toutes les avancées en matière d’EAC, un besoin subsiste, celui du dialogue entre le ministère de la Culture et le ministère de l’Éducation nationale.
  • Le Haut conseil à l’éducation artistique et culturelle, la charte pour l'éducation artistique et culturelle existent par exemple, et c’est une bonne chose. Mais récemment, nous avons été frappés de voir que l’Inseac s’est créé depuis l’Éducation nationale sans association des professionnels de la culture, notamment sur le territoire autour de Guingamp, et au-delà en Bretagne… Ce n’est pas grave en soi car l’on sait que les choses vont évoluer dans le bon sens, mais c’est révélateur des difficultés qui subsistent entre les deux ministères pour bien travailler ensemble. L’Inseac est en tout cas une excellente nouvelle car jusqu’alors, du côté des enseignants, la formation à l’EAC existait peu. Ajoutons à cela le fait que, selon plusieurs formateurs en Inspé Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation , l’intérêt des jeunes enseignants pour la chose culturelle faiblit.
  • Je suis confiante dans ce que la nouvelle délégation aux Territoires, à la Transmission et à la Démocratie culturelle puisse être un élément important pour mieux faire dialoguer les deux ministères.
  • Sur la question de la petite enfance, Aurélie Lessous qui évolue au sein du secrétariat général du ministère de la Culture comme chargée de mission éveil et éducation artistique et culturelle, travaille beaucoup avec le ministère de la Santé. Cela fonctionne plutôt bien dans une forme d’interministérialité.
  • Néanmoins, peut-être faudra-t-il, à un moment donné, imaginer une délégation interministérielle qui aurait au moins le mérite de poser cette idée que, sur la question spécifique de l’EAC, les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale doivent avoir un endroit absolument commun.
  • De manière générale, j’ai l’impression qu’il faudrait travailler sur la question de l’enfance et de la jeunesse selon des schémas directeurs comme cela a pu se faire dans certains secteurs ou champs disciplinaires. Il faut cet endroit de l’État qui va garantir qu’il y a bien un travail conjoint des ministères de la Culture et de l’Éducation nationale. Ensuite, il faut pouvoir adapter les choses selon les territoires et les lieux culturels qui y sont. »

    Émilie Robert
  • « Je ne crois pas du tout au fait de rajouter une délégation quelconque pour créer les conditions de ce travail interministériel.
  • Il me semble que ce travail entre les deux ministères a été très bien engagé pendant la période que nous venons de vivre. L’interministériel s’est beaucoup nourri de la crise sanitaire et l’on doit garder cette dynamique.
  • La crise sanitaire, sur le plan de l’accès à la culture, a réinterrogé et accéléré les politiques et logiques interministérielles qui restent, certes, à optimiser. Le fait que nous ayons été pendant longtemps privés de l’accès aux salles, aux cinémas doit contribuer à un regain d’enthousiasme et de mobilisation pour l’EAC. D’autant plus que les jeunes sont hyperconnectés, ce qui change durablement le rapport à la culture. Nous sommes dans un moment d’urgence où la question de l’interministériel se pose différemment et s’enrichit de ce qu’il s’est passé pendant la crise.
  • À Réseau Canopé, nous avons beaucoup travaillé avec la communauté éducative pour lui donner accès à nos ressources pédagogiques pendant la période de confinement et en faire des outils pour que les professeurs puissent avoir des actions culturelles ciblées avec leurs élèves.
  • Par ailleurs, il faut que nous nous appuyons sur les outils numériques en ce qu’ils peuvent ramener à la culture des enfants qui en sont éloignés. Dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert, nous avons développé un module de réalité immersive en direction des jeunes de lycées professionnels, via lequel ils peuvent plonger virtuellement dans le cabinet d’écriture de Flaubert. Cela permet de rentrer dans l’œuvre autrement. »

    Marie-Caroline Missir

 

  • « Précisons que, sur le terrain, tout se passe très bien entre les enseignants et les professionnels de la culture. Pendant la crise, beaucoup d’enseignants et d’établissements se sont saisis de tout ce que nous pouvions leur offrir, grâce aux artistes, pour maintenir la place de l’art à l’école. C’est la preuve que les relations entre les mondes enseignant et culturel sont bonnes.
  • Pendant la crise, les enfants ont été privés de l’accès aux lieux d’art. Malgré cela, nous avons pu faire beaucoup de choses dans les classes ou les structures sociales. Mais ce qui nous vraiment a manqué, c’était le rapport aux familles. »

    Émilie Robert

« Rester dans une complémentarité entre l’accès aux œuvres, l’accès aux artistes et la pratique artistique » (Émilie Robert)

  • « Lorsque l’on parle d’EAC, il est nécessaire de prendre en compte tous les protagonistes, et notamment les adultes qui accompagnent les enfants.
  • L’EAC est un parcours tout au long de la scolarité. Il faut s’assurer qu’à l’école élémentaire, l’enfant passera par toutes les activités artistiques possibles (exposition, théâtre, concert, cinéma, etc). Parce que chaque enfant est différent et que l’on est à un endroit du sensible et de l’émancipation de l’humain, on a tout intérêt à être dans une variété de propositions. Mais toujours en restant dans une complémentarité entre l’accès aux œuvres, l’accès aux artistes et la pratique artistique.
  • On peut être dans une position directive vis-à-vis de l’enseignant en lui “imposant” d’aller tant de fois au musée ou au théâtre dans l’année. Mais dans ce cas de figure, l’enseignant obéit à quelque chose qui est de l’ordre de l’injonction et se retrouve à faire quelque chose qui n’est pas reliée à sa pratique personnelle. Soit, on le laisse davantage faire en fonction de qui il est et de ce qu’il apprécie. Dans cet autre cas de figure, il faut l’accompagner afin d’harmoniser le parcours entre les années du primaire et du collège par exemple. Il faut, me semble-t-il, être entre les deux. Et surtout, et c’est ce que nous faisons au Théâtre Massalia, je crois qu’il faut développer des propositions uniquement pour les adultes en dehors de la présence des enfants pour essayer d’avancer avec eux sur ce qu’ils ont envie de faire.
  • Il y a des enseignants qui seront très heureux de venir trois ou quatre fois au théâtre dans l’année, et d’autres qui auront envie d’un projet de longue haleine de pratique artistique. Je n’ai pas envie de bâtir un modèle. Mais je crois, par contre, à l’idée de se côtoyer le plus possible entre enseignants, animateurs.
  • Au Théâtre Massalia, nous sommes dans le qualitatif, nous ne faisons pas des tonnes d’ateliers, qui nous permettraient d’aligner des chiffres impressionnants. Mais, lorsque l’on mène un projet avec les enseignants, on essaie, sans forcément faire trente heures d’atelier, que ce projet laisse une marque. Avec derrière l’espoir que les enfants inscrivent le Théâtre Massalia dans leur environnement. C’est important qu’ils rencontrent un artiste et une œuvre mais ce qui l’est encore davantage, c’est qu’ils se disent qu’ils peuvent entrer au Théâtre Massalia. C’est cela que nous essayons de construire. »

    Émilie Robert 
  • « Dans l’Éducation nationale, on doit être dans une finesse de mise en œuvre des politiques publiques afin de respecter la liberté pédagogique de l’enseignant. Lorsqu’elle a été annoncée, la Rentrée en musique a fait polémique parce qu’elle était perçue comme une décision descendante, comme obligatoire. »

    Marie-Caroline Missir
  • « La Ville de Martigues a par exemple mis en place un système de transport pour faire en sorte que tous les enfants puissent se déplacer pour aller dans chaque lieu culturel de la ville au moins une fois dans l’année. Il n’y avait pas d’injonction à assister à tel spectacle ou voir telle exposition. J’aime bien l’idée qu’il y ait de la souplesse dans ce dispositif tout en ayant une vigilance sur le fait que chaque année chaque enfant devrait passer par quelque chose, que la sortie soit obligatoire sans que l’on énonce ce qu’elle doit être nécessairement. »

    Émilie Robert

Marie-Caroline Missir


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Fiche n° 6882, créée le 03/04/2018 à 03:02 - MàJ le 07/04/2021 à 19:19

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