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Retour du festival Les Francophonies à un format annuel « face à la réalité financière » (H. Kassi Kouyaté)

News Tank Culture - Paris - Interview n°431620 - Publié le
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©  Christophe Péan
Hassane Kassi Kouyaté - ©  Christophe Péan

Les Francophonies - Des écritures à la scène à Limoges (Haute-Vienne) font évoluer leur projet artistique et culturel en rassemblant ces deux temps forts festivaliers en un seul grand festival annuel, dénommé « Les Zébrures - Festival des écritures et des créations théâtrales francophones », apprend News Tank le 27/02/2026. Il s’agit d’un retour au format festivalier qui existait avant 2019 et l’arrivée d’Hassane Kassi Kouyaté à la direction des Francophonies - Des écritures à la scène.

Le metteur en scène avait en effet choisi d’organiser deux festivals distincts : d’un côté les Zébrures de printemps en mars, consacré aux écritures théâtrales francophones, de l’autre les Zébrures d’automne en octobre dédié au spectacle vivant francophone (théâtre, danse, musique, cirque, arts de la rue, etc.). « Cette configuration a dans les faits très bien fonctionné, nous avions du public aux deux événements. Mais la réalité financière m’a vite rattrapé », indique Hassane Kassi Kouyaté à News Tank. Il évoque ainsi le manque de visibilité budgétaire en raison de la temporalité avec laquelle les tutelles notifient aujourd’hui leurs subventions, qui ne permet plus « d’avancer sereinement sur une programmation, de bloquer les artistes à l’avance ».

« Face à la situation actuelle, il fallait être réaliste pour pouvoir pérenniser la structure et ne pas la mettre en péril. (…) Nous avons donc fait le choix de revenir à un seul festival annuel en automne, avec l’idée de rassembler auteurs et metteurs en scène dans un même endroit, de concentrer les énergies, tout en préservant l’essentiel, à savoir la création, les artistes et la rencontre avec les publics. Dans ce nouveau format, les écritures théâtrales et les créations scéniques vont cohabiter ensemble et s’enrichir mutuellement », déclare Hassane Kassi Kouyaté.

Le festival Les Zébrures - Festival des écritures et des créations théâtrales francophones se tiendra du 23/09 au 03/10/2026 à Limoges et dans des villes des départements voisins. « Ce sera un festival différent de ce qui existait avant mon arrivée, il sera plus grand », selon Hassane Kassi Kouyaté qui répond aux questions de News Tank.


Pourquoi faire évoluer le format festivalier des Francophonies - Des écritures à la scène, en délaissant les deux temps forts que vous aviez pourtant mis en place à votre arrivée en 2019, au profit d’un « grand festival annuel » ?

Les Francophonies - Des écritures à la scène ont 43 ans cette année. Mais il y a une méconnaissance de ce qu’est cette structure, on l’a réduit à un festival uniquement, alors qu’un gros travail est mené à l’année.

On réduit les Francophonies - Des écritures à la scène à un festival, alors qu’un gros travail est mené à l’année

Un travail de détection d’abord. Les Francophonies ont toujours été un lieu de découverte d’artistes francophones encore méconnus, un lieu d’émergence et d’accompagnement de ces artistes, pour venir enrichir la création théâtrale française. Nous menons ce travail de détection et d’accompagnement en direction notamment des auteurs et autrices pour mettre en lumière les écritures théâtrales francophones. Nous nous appuyons ainsi sur notre lieu de résidence, la Maison des auteurs et autrices. Nous organisons aussi un prix littéraire, le Prix Sony Labou Tansi des lycéens, grâce auquel chaque année plus de 1 500 lycéens de France découvrent des textes d’expression française. Nous sommes aussi partenaires du Prix Théâtre RFI Radio France International et du Prix SACD Société des auteurs et compositeurs dramatiques de la dramaturgie francophone.

Ensuite, nous déployons tout un volet d’actions éducatives et culturelles à l’année, à la fois auprès des écoles, des collèges, des lycées et des universités, mais aussi en lien avec des associations comme le Secours populaire, avec le milieu pénitentiaire, etc..

Enfin, Les Francophonies constituent l’un des trois pôles de référence de la création francophone, avec la Cité internationale des arts • Fondation reconnue d’utilité publique• Création : 1965 • Mission : accueillir en résidence à Paris des artistes professionnels français et étrangers • Deux sites à Paris :- 18, rue de… à Paris et la Chartreuse Centre national des écritures du spectacle • Premier modèle français de Centre culturel de rencontre, initié par Jacques Duhamel et Jacques Rigaud en 1971 • Installé depuis 1973 à La Chartreuse… à Villeneuve-lez-Avignon. Parmi ces trois pôles, nous sommes, à Limoges, la seule structure à travailler à la fois à la mise en lumière des auteurs et autrices francophones et des artistes de la scène francophone (théâtre, danse, musique, cirque, arts de la rue…). De là découle le choix que j’ai fait à mon arrivée en 2019 de renommer le « festival des Francophonies en Limousin » en « Les Francophonies - Des écritures à la scène », mais aussi de repenser le festival des Francophonies en le déclinant en deux festivals, l’un au printemps consacré aux écritures et à ses autrices et auteurs, le second à l’automne consacré au spectacle vivant et à leurs artistes.

En proposant deux festivals distincts, je voulais que les écritures théâtrales puissent avoir un moment de visibilité dédié et ainsi ne pas les « noyer » parmi les écritures scéniques. Car j’ai la conviction qu’une pièce de théâtre qui n’est pas au moins lue devant un public n’existe pas. C’était d’autant plus important que très peu de pièces sont éditées, et surtout que très peu de personnes ont des textes de théâtre au chevet de leur lit.

Est-ce parce que la configuration avec deux festivals ne fonctionnait pas que vous revenez à un « grand festival annuel » comme c’était le cas avant votre arrivée ?

Au contraire, elle a dans les faits très bien fonctionné, nous avions du public aux deux événements. Mais la réalité financière m’a vite rattrapé.

La réalité financière m’a vite rattrapé

Un festival se programmant à l’avance, je m’astreins pour les deux festivals à avoir ficeler la programmation et bloqué les artistes au minimum huit mois en amont. Or il est de plus en plus difficile de tenir cette temporalité dans la mesure où les notifications de nos tutelles sur les subventions sont de plus en plus tardives : cette année par exemple à l’heure où je parle, je viens de recevoir la première notification officielle de subvention (de la part de la Ville). L’État, de son côté, a voté son budget en février et nous ne savons pas encore ce qu’il en sera de notre subvention. Or, il est impossible d’avancer sereinement sur une programmation sans avoir de visibilité sur notre budget, on ne peut pas engager des projets, ni passer des commandes d’écriture à l’aveuglette, ça n’est pas sérieux.

Je n’incrimine pas les tutelles, c’est la réalité du pays qui est comme ça, nous devons la prendre en compte. Je crois que les tutelles sont de bonne foi, parce qu’elles continuent de nous soutenir, mais la temporalité de leurs décisions peut poser problème.

La structure a-t-elle subi des coupes budgétaires par ailleurs ?

Malgré la crise, nos subventions restent constantes. L’État et la Région Nouvelle-Aquitaine ont stabilisé leurs contributions - et nous les en remercions. Nous avons eu une toute petite baisse du Département de Haute-Vienne, qui fait face à des difficultés financières, mais qui malgré tout a fait un effort pour que la baisse ne soit pas trop importante. Quant à la Ville, sa subvention a diminué il y a trois saisons mais elle est stable depuis.

En revanche, ce qui a beaucoup diminué, ce sont les subventions que nous recevons d’autres partenaires pour des projets spécifiques. Nous avons au total perdu 60 000 euros. Parmi ces partenaires, il y a l’Organisation Internationale de la Francophonie qui est un soutien historique des Francophonies, mais qui nous a retiré entièrement sa subvention l’année dernière - et cela a été le cas pour d’autres structures.

Quelles sont les caractéristiques et les perspectives du nouveau festival annuel ?

Un malheur peut parfois entraîner un bonheur. Face à la situation actuelle, il fallait être réaliste pour pouvoir pérenniser la structure et ne pas la mettre en péril. C’est aussi avec cette conviction que j’ai écrit la nouvelle CPO Convention pluri-annuelle d’objectifs , en pensant à l’intérêt des artistes, mais aussi à celui ou celle qui me succédera à la direction de la structure, puisqu’à 62 ans je suis plus proche de la retraite que du contraire.

Dans ce contexte contraint, j’ai d’abord souhaité pérenniser les activités permanentes (accompagnement des artistes, actions d’éducation artistique, etc.), car elles sont le cœur de notre mission. Les festivals, quant à eux, sont des moments festifs où l’on partage avec le public ce que l’on a fait toute l’année.

Écritures théâtrales et créations scéniques vont cohabiter ensemble et s’enrichir mutuellement

Nous avons donc fait le choix de revenir à un seul festival annuel en automne, avec l’idée de rassembler auteurs et metteurs en scène dans un même endroit, de concentrer les énergies, tout en préservant l’essentiel, à savoir la création, les artistes et la rencontre avec les publics. Dans ce nouveau format, les écritures théâtrales et les créations scéniques vont cohabiter ensemble et s’enrichir mutuellement.

Ce sera un festival différent de ce qui existait avant mon arrivée, il sera plus grand, avec notamment une place importante donnée aux lectures. Quand nous avons mis en place le festival du printemps dédié aux écritures dramatiques francophones, nous avions augmenté le nombre de lectures, à 11, alors qu’elles étaient au nombre de 5 avant 2019. Nous allons maintenir ce volume de 11 lectures dans le nouveau festival. Les publics pourront venir écouter les lectures à 10h au centre culturel Jean-Gagnant, qui sera la « Maison des lectures » pendant le festival, et aller voir des spectacles en soirée.

Comment se déploie le festival à l’échelle de la ville ?

Nous ne disposons pas de théâtre, nous n’avons que des bureaux et la Maison des auteurs et autrices. C’est donc dans notre ADN que de travailler avec tous lieux de représentation de la ville, et même de la région.

À Limoges, nous travaillons avec le CDN, à partir duquel d’ailleurs a été créé le festival Les Francophonies il y a 43 ans. Deux titres y seront créés cette année dans le cadre du festival. Le festival se déploie également au centre culturel Jean-Gagnant qui accueille donc les lectures et quelques spectacles en soirée, mais aussi avec l’Opéra et la maison des arts et de la danse, l’Espace Noriac qui est un établissement du Département, la Chapelle de la Visitation ou encore la bibliothèque francophone multimédia de Limoges.

En plus de tous ces lieux à Limoges, nous sommes aussi en lien avec les villes de Feytiat, Saint-Junien et Bellac (Haute-Vienne), Uzerche (Corrèze) et Aubusson (Creuse). Un spectacle sera créé à Bellac cette année dans le cadre du festival, un autre à Uzerche et un autre encore à la Scène nationale d’Aubusson • Ouverture en 1981 • Labellisé Scène nationale en 1991 • Association loi 1901• Salles - espace modulable (240 places) - salle de répétition - deux espaces destinés aux résidences et à la… . J’ai voulu que des premières soient données dans d’autres villes, avant de venir à Limoges : il n’y a pas Limoges et le reste, c’est un tout.

La création francophone est-elle suffisamment présente et soutenue en France selon vous ?

Ça n’est même pas un dixième de la création francophone qui est montrée sur les scènes en France aujourd’hui. Pourtant, la francophonie est riche, plurielle, diverse ; je préfère d’ailleurs parler « des francophonies », car la francophonie québécoise n’est pas la francophonie belge, ni la malienne, et, dans un même pays, il peut y avoir des francophonies.

Très peu de lieux en France s’ouvrent aux écritures et aux création francophones. La MC93 • Statut : association loi 1901• Inauguration en 1980 • Agrandissement en 2000• Travaux de rénovation (septembre 2014-mai 2017) pour un coût de 18,6 M€ HT. Réouverture le 23/05/2017• Salles et… , le Théâtre des Quartiers d’Ivry CDN Créé en 1972 par Antoine Vitez • Centre Dramatique National du Val-de-Marne depuis décembre 2016 (en préfiguration entre 2003 et 2016)• Installé au sein de la Manufacture des Œillets (construite en… ou La Colline • Établissement public à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle du ministre chargé de la culture• « Dernier né des cinq théâtres nationaux dédiés à l’art dramatique, avec, … le font, mais sur plus de 3 000 théâtres en France… Les artistes présentés sur ces scènes sont l’arbre qui cachent la forêt.

Rappelons aussi qu’une partie des artistes en France sont des Français de troisième ou quatrième génération, dont les descendants sont venus d’Afrique, d’Asie, du Maghreb. Au cours des dernières années, des décisions politiques ont été prises pour encourager les grandes écoles à s’ouvrir aux élèves issus de la diversité. Beaucoup d’interprètes ont été formés, les plateaux de théâtre sont de plus en plus colorés. Mais combien d’entre eux sont metteurs/metteuses en scène, directeurs/directrices de compagnies conventionnées ?

Nous avons tort de ne pas nous ouvrir davantage à la création francophone

La création francophone s’est beaucoup enrichie, sous l’effet de plusieurs choses. D’abord, dans beaucoup de pays ayant été colonisés par la France, l’éducation s’étant développée, plus de personnes écrivent. Par ailleurs, la place des femmes s’est accentuée. Aux Francophonies l’accompagnement des artistes femmes est un axe majeur depuis que j’ai pris mes fonctions en 2019, à travers par exemple des bourses d’écriture réservées aux autrices. Nous devons entendre les récits des femmes, parce qu’elles portent un regard différent sur le monde.

Enfin, il existe beaucoup de pays non francophones mais dans lesquels des artistes travaillent avec le français. Je pense au Japon, à la Thaïlande où j’ai rencontré des artistes qui ont été formés en France. Je pense aussi au metteur en scène Koumarane Valavane, un ancien interprète du Théâtre du Soleil, qui est installé en Inde à Pondichéry où il dirige le Théâtre Indianostrum. Il sera présent à Limoges cet automne dans le cadre du festival. C’est notre rôle, aux Francophonies, que d’aller dénicher ces artistes un peu partout dans le monde et de leur donner les moyens d’être présentés en France.

Pour faire rayonner la création francophone en France, nous travaillons évidemment étroitement avec la Chartreuse et la Cité internationale des arts, par le biais de parcours d’artistes partagés, ou des actions plus spécifiques avec l’une ou l’autre. 99 % des artistes francophones présentés en France sont à un moment ou un autre passés par Limoges ou par la Chartreuse et la Cité internationale des arts.

Nous avons tort de ne pas nous ouvrir davantage à la création francophone. J’appelle à un état des lieux là-dessus, à questionner ce qu’est la création francophone aujourd’hui, où on veut aller et avec quels moyens.

Hassane Kassi Kouyaté


• Auteur, comédien, metteur en scène.
• Créations :

- L’Étrangère de Caya Makhélé (2013)
L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui (2012)
La tentation du Rideau (2010)
Une Iliade de René Zahnd (2009)


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Parcours

Comédie de Saint-Étienne
Metteur en scène associé
Festival Francophone en France
Directeur artistique du conte
Carnaval des Enfants à Bobo-Dioulasso - Burkina Faso
Fondateur
La Maison de la Parole (Centre Régional des Arts du Récits et des Traditions Orales) à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso)
Fondateur
Compagnie Deux Temps Trois Mouvements
Fondateur
Centre culturel et social Djéliya de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso)
Fondateur
Festival africain de Ris-Orangis
Fondateur en collaboration avec le Funansonbule

Fiche n° 5971, créée le 15/09/2014 à 11:38 - MàJ le 27/02/2026 à 15:37

Les Francophonies - Des écritures à la scène

• Créé en 1984 sous la dénomination « Festival international de la francophonie » par Pierre Debauche, alors directeur du CDN du Limousin

• Renommé « Les Francophonies - Des écritures à la scène » par Hassane Kassi Kouyaté depuis 2019.

• Statut : association loi 1901

• Constitue l’un des trois pôles de référence pour la francophonie, aux côtés de la Cité internationale des arts et de la Chartreuse à Villeneuve-lez-Avignon

• Missions/activités :
- un festival dédié aux écritures et créations théâtrales francophones organisé à l’automne intitulé « Les Zébrures - Festival des écritures et des créations théâtrales francophones », prochaine édition du 23/09 au 03/10/2026 ;
- La Maison des auteurs et autrices : un lieu de résidence pour accompagner les écritures théâtrales francophones ;
- Actions d’éducation artistique et culturelle ;
- F
ormations, rencontres professionnelles.

• Président : Alain Van Der Malière

• Directeur : Hassane Kassi Kouyaté (depuis le 01/01/2019)

• Contact : Quentin Carrissimo-Bertola, secrétaire général

Tél : 05 55 10 90 10


Catégorie : Festival / Salon


Adresse du siège

11 avenue du Général de Gaulle
87000 Limoges France


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Fiche n° 846, créée le 22/01/2014 à 08:17 - MàJ le 27/02/2026 à 15:37


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©  Christophe Péan
Hassane Kassi Kouyaté - ©  Christophe Péan