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Think Culture 2017 : « La bataille essentielle est celle de la diversité » (Pascal Nègre)

Paris - Actualité n°100774 - Publié le 05/09/2017 à 12:02
©  Seb Lascoux
©  Seb Lascoux

« Aujourd’hui, la bataille essentielle est celle de la diversité, si l’on veut que la création française continue à exister demain. Aujourd’hui, la diffusion de la musique et sa monétisation se font sur quelques plateformes mondiales avec un seul but : avoir un maximum de clients. Je me méfie de la notion de l’algorithme, qui ne veut pas dire diversité. Je crois en revanche à l'éditorialisation », déclare Pascal Nègre en introduction de la 2e édition de Think Culture, organisée par News Tank Culture à l’Université Paris-Dauphine le 05/09/2017.

« Avoir des œuvres en ligne est formidable car pour une œuvre française, cela signifie être disponible dans le monde entier. Mais le problème n’est pas d’y être, mais d'être repéré par le consommateur. C’est un travail compliqué. Plus il y a de choix, moins les gens choisissent », ajoute-t-il.

« Innover c’est accepter de se tromper » (Pascal Nègre)

  • « La musique enregistrée vit dans l’innovation depuis 15 ans. Nous y avons été forcés. Innover, c’est accepter de sortir de sa zone de confort et la musique n’a pas eu le choix, en raison du développement des nouvelles technologies, de l’explosion du digital, de la piraterie et des nouveaux liens entre consommation et création musicale. 
  • Notre industrie avait l’habitude de vendre une création (un vinyle, une cassette, un CD ou un téléchargement), mais tout à coup, on ne possède plus la musique mais on paie pour y avoir accès. Cela a été une révolution totale de notre modèle économique, vers un système par abonnement avec l’arrivée de Spotify et Deezer. Il y a eu des débats houleux avec les patrons des grosses multinationales pour qu’ils acceptent de changer leur modèle, mais grâce à cela, le marché de la musique mondial repart, tiré par le business du streaming par abonnement. Les prévisions à dix ans prévoient que le marché sera multiplié par quatre ou cinq. Si demain, en France, nous arrivons à avoir 20 % de la population qui paie un abonnement, l’industrie musicale sera revenue à son niveau de valeur d’avant la crise de 2003. Nous avons donc un modèle qui a devant lui des années de croissance, mais les choses sont plus compliquées.
  • Aujourd’hui, la bataille essentielle est celle de la diversité, si l’on veut que la création française continue à exister demain. Aujourd’hui, la diffusion de la musique et sa monétisation se font sur quelques plateformes mondiales avec un seul but : avoir un maximum de clients. Je me méfie de la notion de l’algorithme, qui ne veut pas dire diversité. Je crois en revanche à l'éditorialisation. Sur les disques physiques, deux tiers des ventes étaient des œuvres en langue française. Aujourd’hui, la moitié de la consommation en streaming est internationale. Toujours sur le physique, le fond de catalogue représentait un tiers des ventes. Sur le streaming, il représente la moitié de la consommation.
  • Avoir des œuvres en ligne est formidable car pour une œuvre française, cela signifie être disponible dans le monde entier. Mais le problème n’est pas d’y être, mais d'être repéré par le consommateur. C’est un travail compliqué. Plus il y a de choix, moins les gens choisissent.
  • Le vrai problème n’est pas sur la répartition entre artistes et producteurs, mais celle entre créateurs et diffuseurs »

    Il faut également être en capacité de financer la diversité, et la question qui se pose est celle de la répartition de la valeur. Le vrai problème n’est pas sur la répartition entre artistes et producteurs, mais celle entre créateurs et diffuseurs, et surtout la répartition de la manne des abonnements numériques. Aujourd’hui, les revenus sont répartis en fonction du nombre de clics, et plus une chanson est écoutée, plus elle touche une part importante. Le problème est qu’actuellement, les moins de 20 ans écoutent entre quatre et cinq heures de musique par jour, tandis que les adultes consomment cette durée sur une semaine. Si on répartit la valeur sur la base du nombre d'écoutes, on favorise la musique des moins de vingt ans par rapport aux autres esthétiques qui existent. Ainsi, faut-il répartir en fonction du nombre d'écoutes ou en fonction du nombre d'écoutes par abonnement ? Ce traitement individuel favoriserait la diversité des esthétiques et non pas celle de ceux qui ont le temps. Dans le Top 200 aujourd’hui, 45 % des titres sont du rap, il y a beaucoup d'électro aussi, mais l’esthétique de la jeunesse est la plus représentée, ce qui veut dire moins de moyens financiers pour les autres comme le jazz ou la musique classique.

  • Autre innovation, les réseaux sociaux, qui ont permis d’avoir une autre manière de parler au consommateur, puisque l’artiste devient son propre média. Il y a eu une vraie révolution de la chaîne puisque l’artiste devient son producteur et est tenté de faire lui-même sa promotion. C’est dans cette optique que j’ai créé #NP, pour accompagner les créateurs vers ces nouveaux modèles économiques.
  • Beaucoup d’artistes ne rencontrent pas leur public. Innover c’est accepter de se tromper pour avoir des retours d’expérience. L'échec est salvateur et nécessaire. C’est un moteur fondamental d’innovation.
  • Aujourd’hui tout est devenu mondial et il est formidable que des artistes français comme Zaz ou Stromae s’exportent, et c’est grâce aux plateformes numériques. Il est évident que la francophonie dans la musique, plus qu’un concept culturel, est en train de devenir un concept économique. »

    Pascal Nègre, président de #NP

Retour en vidéo sur la keynote de Pascal Nègre :

Pascal Nègre


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Fiche n° 1086, créée le 18/12/2013 à 17:39 - MàJ le 07/07/2021 à 14:51

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