Début

Think 2020 : « Les ICC participent de la construction d’une identité collective » (J-L Charles, Samoa)

Paris - Publié le jeudi 10 septembre 2020 à 17 h 00 - n° 192624 « Les ICCICCLes industries culturelles et créatives regroupent le livre, l’édition, l’audiovisuel, le cinéma, la presse, la musique, le design, le jeu vidéo, le spectacle vivant, le marché de l’art, l’artisanat d’art et la mode. participent de la construction d’une identité collective. Nantes s’est fait connaître par la culture, et même un certain type de culture, qui est sortie des institutions pour prendre la ville comme théâtre d’opération. […] Nous nous sommes servis de ce vecteur qu’est la culture comme d’un élément constitutif de la réflexion qui nous a conduits à inventer le Quartier de la création », déclara Jean-Luc Charles, directeur général de la SamoaSamoaSociété d'Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique, au cours du module intitulé « Les industries culturelles et créatives : quelles transformations effectives des villes ? » lors du Thème « Les ICC, facteur d’emploi et d’attractivité des territoires. Un outil de marketing territorial? » organisé par News Tank Culture dans le cadre de Think Culture au Centre Pompidou (Paris 4e) le 08/09/2020.

« A Saint-Étienne, le processus est différent de celui qui s’opère à Nantes. Ici, ce sont des forces de la société qui se sont structurées peu à peu, depuis 1803, date de la création de l’école de dessin, ancêtre de l’école d’art et de design. […] La puissance publique a accompagné et accéléré ce qui était une stratégie de survie des entreprises locales », témoigne Thierry Mandon, directeur général de la Cité du design de Saint-Etienne. « Il est très important que Saint-Etienne soit immédiatement associée au design. Mais cette construction d’une identité forte de “capitale” du design ne fonctionne que parce qu’elle prend racine dans une histoire, une tradition et des savoir-faire préexistants au projet », ajoute-t-il. 

News Tank rend compte de leurs échanges autour de ces deux projets d’aménagement du territoire.
© Seb Lascoux
© Seb Lascoux

Le Quartier de la création

Le Quartier de la création

• Projet urbain situé sur l'Île de Nantes, géré par la Samoa. 

• Il a pour objectif « de faire émerger un pôle d’excellence européen dans le domaine des Industries Culturelles et Créatives ».

• La gamme d’équipement comporte des accélérateurs, des sites universitaires, des ateliers d’artistes…

• Il est réparti sur 13 sites, pour un total d’environ 15 000 m².

• La Délégation de service public à la Samoa a commencé en 2020 et dure jusqu’en 2025. 

• Le traité de concession d’aménagement court jusqu’en 2037.

« Nous nous sommes demandé comment conforter l’identité culturelle de l’île, tout en transformant la ville » (Jean-Luc Charles)

Jean-Luc Charles - © Seb Lascoux

  • « Il est assez difficile de mesurer concrètement l’impact d’un projet comme celui du Quartier de la création. Nous avons créé en 2013, avec l’agence d’urbanisme nantaise, un observatoire, qui établissait le nombre d’emplois apportés à l’échelle de l’aire urbaine Nantes-Saint-Nazaire, et avons, depuis lors, ajusté nos statistiques. A cette échelle, les ICCICCLes industries culturelles et créatives regroupent le livre, l’édition, l’audiovisuel, le cinéma, la presse, la musique, le design, le jeu vidéo, le spectacle vivant, le marché de l’art, l’artisanat d’art et la mode. représentent 10 000 emplois, dont 7 000 dans la métropole de Nantes et 2 500-2 600 dans le Quartier de la création, sur l’Île de Nantes.
  • Tout l’enjeu pour la société publique locale qu’est la Samoa, c’est de maintenir une offre immobilière dédiée aux petits entrepreneurs culturels ou créatifs. Nous constatons que de plus en plus d’entreprises veulent se loger sur l’île de Nantes, qui est, en termes d’immobilier de bureaux, un des principaux marchés de la métropole, avec des prix qui sont maintenant assez élevés. Tout l’enjeu pour la société publique locale qu’est la Samoa, c’est de maintenir une offre immobilière dédiée aux petits entrepreneurs culturels ou créatifs. C’est notamment pour cela que nous accueillons 500 emplois dans nos locaux.
  • L’idée d’un pôle d’excellence artistique et culturel, lancée en 2008, partait de l’existant : l’Île de Nantes était une friche, avec des volumes, des espaces industriels délaissés… Les premiers acteurs à s’y installer étaient des collectifs d’artistes. Nous nous sommes demandé comment conforter l’identité culturelle de l’île, tout en transformant la ville. D’où l’idée de créer un campus dans la ville, constitué d’établissements de l’enseignement supérieur, d’immobilier de bureaux, mais aussi d’habitants. Ce n’est pas un campus classique car les bâtiments universitaires sont dans la ville ; c’est un vrai quartier, avec des commerces, etc. L’objectif initial était de 4 500 étudiants, une centaine de chercheurs et 1 000 actifs. En 2022, quand nous aurons livré l’école de design, il y aura 7 500 étudiants, plusieurs centaines de chercheurs, et nous comptons déjà 2 500 actifs.
  • Sur l’Île de Nantes, le coût de location au mètre carré est de 180-190 € hors taxes et charges par an, sur des plateaux qui font de 400 à 500 m². Nous avons structuré une offre immobilière particulière pour des collectifs d’artistes, qui peut comporter de très grands volumes, mais aussi pour des entreprises créatives, avec des petits bureaux (de 12 à 36 m²) au coût de location plus faible, qui permet d’avoir un bureau de 12 m² pour 100 € par mois. Ces bureaux, qui ne sont pas des espaces de coworking, sont en général regroupés dans des bâtiments qui portent des thématiques (ESSESSÉconomie sociale et solidaire, métiers de l’image, santé-bien être, cultures urbaines…). Le rayonnement de ce projet d’aménagement est à la fois local et national.
  • Nous sommes dans une logique d’accompagnement des initiatives et projets, et donc, toujours sur le qui-vive La Samoa comporte deux équipes : le Pôle urbain (les aménageurs) et le Pôle économique, qui travaillent ensemble sur un certain nombre de projets. L’équipe du Pôle urbain travaille sur le très court terme. Construire un immeuble prend environ 4 ans (quand tout va bien, ce qui n’arrive jamais), et ce dans un process lourd et très complexe, contrarié en permanence. L’équipe du Pôle économique a quant à elle déjà restructuré trois fois son ordre de service, car nous nous adaptons en permanence. Nous sommes dans une logique d’accompagnement des initiatives et projets, et donc, toujours sur le qui-vive pour conforter les clusters du territoire, pour ouvrir des marchés aux entreprises créatives et culturelles. Nous sommes capables de mener des expérimentations dans l’espace public, en permettant à des designers ou des entreprises de prototyper à l’échelle 1 un certain nombre d’innovations. 20 sont actuellement produites.
  • L’agilité est consubstantielle de l’activité du Pôle économique, mais le Pôle urbain évolue lui aussi dans une remise en cause permanente. Nous devons maintenant construire une ville avec une empreinte carbone la plus réduite possible, mais c’est un enjeu qui existe depuis 5 ans à peine. La fabrique de la ville se réinvente sur la base d’une grille d’analyse, le Manifeste durable pour l’Île de Nantes, édité en mars 2019. Nous travaillons sur les économies circulaires, la renaturation des sols, la prise en compte des aléas climatiques, la mise en valeur des mobilités douces, les transports en commun…
  • Tous ces ingrédients nous permettent de nous interroger et d’interroger sans cesse les entreprises avec lesquelles nous travaillons. La Samoa agit d’une part en étant instigatrice et catalyseur de projets, et d’autre part en construisant un récit collectif, partagé par les leaders d’opinion, acteurs et partenaires. Ce récit commun nous permet de nous projeter et de nous rassembler dans une logique de partenariat.
  • Nous nous sommes servis de ce vecteur qu’est la culture comme d'un élément constitutif de la réflexion qui nous a conduits à inventer le quartier de la créationLes ICCICCLes industries culturelles et créatives regroupent le livre, l’édition, l’audiovisuel, le cinéma, la presse, la musique, le design, le jeu vidéo, le spectacle vivant, le marché de l’art, l’artisanat d’art et la mode. participent de la construction d’une identité collective. Nantes s’est fait connaître par la culture, et même un certain type de culture, qui est sortie des institutions pour prendre la ville comme théâtre d’opération. C’est une culture accessible, populaire, en accès immédiat et libre, qui fait de la culture un bien commun. Le quartier de la création est le prolongement de cette histoire. Il a fallu transformer un quartier industriel et portuaire et projeter la métropole dans le début du XXIe siècle. Nous nous sommes servis de ce vecteur qu’est la culture comme d’un élément constitutif de la réflexion qui nous a conduits à inventer le quartier de la création. L’histoire se construit avec les collectifs d’artistes, les habitants. Tout ce qui se passe n’était pas programmable. Il y a eu tâtonnements, avancées, retraits, ajustements…
  • Concernant le risque de gentrification, Nantes métropole nous impose une feuille de route très stricte. Pour 100 logements construits sur l’Île de Nantes, 35 sont des logements sociaux, 20 sont des logements abordables. 40 % du parc construit par l’aménageur public est du logement libre. Ce que l’on nomme l’urbanisme transitoire est un autre moyen de lutter contre la gentrification. Il s’agit d’acheter des friches industrielles, de les aménager sommairement et d’y loger des collectifs culturels, artistiques ou des start up créatives. »

    Jean-Luc Charles, directeur général de la Samoa

 Jean-Luc Charles

Fiche n° 39448, créée le 11/05/20 à 09:59 - MàJ le 23/07/20 à 17:40

Jean-Luc Charles



Parcours Depuis Jusqu'à
Société d'aménagement de la métropole ouest atlantique
Directeur Général Juin 2010 Aujourd'hui
Juin 2010 Aujourd'hui
Club Ville Aménagement
Vice-président 2010 Aujourd'hui
2010 Aujourd'hui
Nantes Métropole
Directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault 2005 à 2010
2005 2010
Conseil Départemental de l'Essonne
Directeur général adjoint, en charge de l'aménagement et du développement des territoires 2001 à 2005
2001 2005

« La construction d’une identité forte de “capitale” du design ne fonctionne que parce qu’elle prend racine dans une histoire, une tradition et des savoir-faire préexistants » (Thierry Mandon)

Thierry Mandon - © Seb Lascoux

  • « A Saint-Étienne, le processus est différent de celui qui s’opère à Nantes. Ici, ce sont des forces de la société qui se sont structurées peu à peu, depuis 1803, date de la création de l’école de dessin, ancêtre de l’école d’art et de design. Une grande crise a eu lieu, avec la fermeture des mines dans les années 1980 et la fin de Manufrance dans les années 1990, qui a entraîné pour les entreprises locales une perte de 80 % de leur marché. Les PMEPMEPetites et moyennes entreprises et PMIPMIpetites et moyennes industries ont développé des stratégies de résilience autour du design, en se différenciant par la qualité des produits. Elles ont demandé à l’école d’art appliqué de monter une section design, la première en France, en 1990. Le développement de l’école s’est ensuite structuré autour du développement de la Biennale de design et de la Cité du design, dans les années 2000. Aujourd’hui, tout cet ensemble est installé dans ce qui était la Manufacture d’armes de Saint-Étienne. La puissance publique a accompagné et accéléré ce qui était une stratégie de survie des entreprises locales.
  • Le design est devenu l’axe structurant du développement en termes de marketing territorialLa crise du Covid touche de plein fouet le secteur du design, essentiellement constitué, surtout en province, d’entrepreneurs indépendants. La Cité du design, qui regroupe trois grandes fonctions (une école, une politique de mise en valeur du design par des expositions, et un travail de création de valeur économique avec les entreprises et collectivités publiques), représente seulement 100 salariés. En revanche, le réseau de designers qui s’est structuré autour de la Cité rassemble 200 à 300 personnes et une centaine d’entreprises utilisatrices dans la Loire et 350 en Rhône-Alpes. Le design est devenu l’axe structurant du développement en termes de marketing territorial.
  • Saint-Étienne a des atouts, à commencer par le prix de son immobilier (de l’ordre de 1 000 € le m²), mais on n’y vient pas spontanément, notamment parce que la liaison avec Lyon en transports en commun est compliquée. Si on veut structurer une attractivité autour du design, il faut muscler le projet. Pour ce faire, l’école doit s’internationaliser, il faut utiliser la biennale et les politiques d’exposition pour populariser l’intérêt du design comme levier de développement d’industries, de services ou de politiques publiques, et faire comprendre les notions de design des organisations ou des politiques publiques. Enfin, comme nous sommes la seule ville française classée Ville créativeVilles créativesLes villes appartenant au réseau des villes créatives de l'Unesco sont reconnues comme étant des “centres créatifs”, promoteurs de développement socio-économique et culturel à la fois dans les pays développés et ceux en voie de développement grâce aux industries créatives et des “groupements socioculturels” mettant en relation des communautés diverses sur le plan socioculturel afin de créer un environnement urbain sain. de l'UnescoUnescoOrganisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture pour le design, nous devons être un démonstrateur en grand de ce que le design rend possible.
  • Il ne faut pas confondre un projet d’aménagement du territoire avec une prétention hégémonique sur tout le territoire françaisIl est très important que Saint-Étienne soit immédiatement associée au design. Mais cette construction d’une identité forte de « capitale » du design ne fonctionne que parce qu’elle prend racine dans une histoire, une tradition et des savoir-faire préexistants au projet. Ce n’est pas artificiel. De plus, il ne faut pas confondre un projet d’aménagement du territoire avec une prétention hégémonique sur tout le territoire français. En revanche, le design et les designers ont besoin à mon sens d’un centre, d’un lieu d’animation où il se passe un peu plus de choses qu’ailleurs, ce à quoi nous appelle notre position actuelle."

    Thierry Mandon, directeur général de la Cité du design

Thierry Mandon

Fiche n° 12051, créée le 17/06/15 à 10:32 - MàJ le 24/04/20 à 15:43

Thierry Mandon

Date de naissance : 30/12/1957

Parcours Depuis Jusqu'à
EPCC Cité du Design - École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne
Directeur général Septembre 2018 Aujourd'hui
Septembre 2018 Aujourd'hui
Rollin publications
Directeur général Janvier 2017 à Mai 2018
Janvier 2017 Mai 2018
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
Secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur et à la Recherche Juin 2015 à Mai 2017
Juin 2015 Mai 2017
Premier Ministre - Hôtel de Matignon
Secrétaire d'État chargé de la Réforme de l'État et de la Simplification Juin 2014 à Juin 2015
Juin 2014 Juin 2015
Assemblée nationale
Député de la 9e circonscription de l'Essonne Juin 2012 à Juin 2014
Juin 2012 Juin 2014
Génopole (association loi 1901 devenue GIP en 2002)
Président 1998 à Juin 2014
1998 Juin 2014
Canton de Ris-Orangis
Conseiller général Mars 1994 à Juillet 2012
Mars 1994 Juillet 2012
Ville de Ris-Orangis
Maire 1995 à 2012
1995 2012
Conseil Départemental de l'Essonne
1er vice-président et président délégué 1997 à 2011
1997 2011
Assemblée nationale
Député de la 9e circonscription de l'Essonne 1988 à 1993
1988 1993

Think Culture 2020 - Thème 1 : Les industries culturelles et créatives: quelles transformations effectives des villes ? Module 1

Fin
loader mask
1