Début

« Créer un festival qui reste dans l’ADN de Têtu » (Romain Burrel, Têtu)

Paris - Publié le mercredi 21 août 2019 à 15 h 00 - n° 154315 La première édition du festival Paris Est Têtu, créée en association avec Décibels ProductionsDécibels Productions, aura lieu à Jockey Disque, espace situé au sein de l’Hippodrome d’Auteuil (Paris 16e), les 21 et 22/09/2019. Jake Shears, Arnaud Rebotini, Hyphen Hyphen, Chloé, Scratch Massive ou encore Kiddy Smile sont quelques-uns des artistes qui s’y produiront.

« La musique est un élément très fort et fédérateur dans la communauté LGBTLGBTLesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, qui a toujours accompagné les luttes et la libération des corps. Lorsque j’ai été nommé à la direction de la rédaction de Têtu, en 2018, l’idée d’un tel événement est devenue l’une des priorités », déclare Romain Burrel, directeur de la rédaction du magazine Têtu, à News Tank le 21/08/2019.

« Dans le contexte actuel, cela me plaît que des sociétés comme les nôtres se positionnent ainsi pour défendre des causes. J’ai envie d’en faire un bel événement, ouvert, où les gens de tous horizons viennent écouter de la musique, et pas un festival communautariste », indique Pierre-Alexandre Vertadier, président de Décibels Production.

Montage du projet, diversification des activités de Têtu et point de vue de Décibels sur le secteur des festivals, tels sont les sujets abordés Romain Burrel et Pierre-Alexandre Vertadier pour News Tank.
© D.R.
© D.R.

Quelle est la genèse de cette collaboration entre Décibels et Têtu autour du festival Paris Est Têtu, dont la première édition aura lieu à l’Hippodrome d’Auteuil (Paris 16e) les 21 et 22/09/2019 ?

Romain Burrel : J’ai commencé chez Têtu en tant que pigiste en 2010, et c’est une idée que j’ai régulièrement proposée, à tous les rédacteurs en chefs successifs. La musique fait, selon moi, partie intégrante de l’ADN du titre. Il y a toujours eu beaucoup de musique dans les pages du magazine, avec de belles plumes telles que Didier Lestrade ou Patrick Thévenin. Et la musique est un élément très fort et fédérateur dans la communauté LGBT,LGBTLesbiennes, gays, bisexuels et transgenres qui a toujours accompagné les luttes et la libération des corps. Lorsque j’ai été nommé à la direction de la rédaction de Têtu, il y a un an, cet événement musical est donc devenu l’une des priorités.

Et puis j’ai été pigiste aux Inrocks pendant quelques années : j’ai donc pu observer la manière dont un magazine montait son propre festival, et retenu ce qu’il fallait faire mais aussi les écueils à éviter. Pour notre festival, nous avons chercher à rester dans notre ADN, en allant chercher des artistes avec lesquels nous avons déjà des liens et en essayant d’avoir une programmation de qualité.

J’ai trouvé l’idée de Têtu excellente et nous avons rapidement avancé sur le projet, sur lequel Décibels s'engage sur le long termePierre-Alexandre Vertadier : La connexion entre Têtu et Décibels s’est faite par le biais de Marc Hernandez, qui fait partie de l’actuel pool d’actionnaires du magazine et qui a longtemps travaillé dans la musique (chez Warner, BMG et Sony Music, entre 1994 et 2009, NDLR). C’est un très bon ami et il m’a naturellement parlé du projet. J’ai trouvé l’idée excellente et nous avons rapidement avancé sur le projet, sur lequel nous nous engageons sur le long terme. Nous étions d’autant plus intéressés par ce festival que Décibels, à la différence de nombreux autres producteurs, n’est pas très actif sur cet aspect du marché. Nous suivons depuis trois ans le Psych Fest, un festival de niche, mais c’est à peu près tout.

Enfin, le projet de Têtu m’intéresse aussi, et surtout, pour des raisons politiques. Lorsque j’étais plus jeune, j’avais été marqué par les grands concerts de SOS Racisme. Il s’agissait de rassemblements populaires avec de vrais messages politiques. Dans le contexte actuel, cela me plaît que des sociétés comme les nôtres se positionnent ainsi pour défendre des causes. J’ai envie d’en faire un bel événement, ouvert, où les gens de tous horizons viennent écouter de la musique, et pas un festival communautariste.

R. B. : Un peu à l’image du magazine que l’on fait aujourd’hui, qui est très ouvert et qui, même s’il s’adresse en premier lieu à la communauté LGBT, est aussi beaucoup lu par des femmes et des hommes hétérosexuels. Ce questions-là passionnent bien au-delà de notre lectorat de base.

Quel est le montage entre vos deux sociétés autour du festival ?

P.-A. V. : Nous sommes associés à Têtu et nous licencions la marque, pour faire exister l’événement dont nous sommes le producteur principal. Sur la programmation, Romain avait établi une liste de souhaits, mais le souci pour cette première édition, c’est que le timing était très court, puisque nous avons commencé à travailler dessus vers mars. Nous avons la chance d’avoir dans notre catalogue un certain nombre d’artistes qui peuvent avoir leur place sur le festival, ce qui nous a incité à y programmer par exemple Alice et Moi, Hyphen Hyphen ou encore Chloé. Ensuite, nous avons contacté les tourneurs et avons eu la chance d’avoir l’accord de Jake Shears (chanteur du groupe américain Scissor Sisters, NDLR), qui fera chez nous sa seule date parisienne à l’occasion de la sortie de son album. Et puis Corine avait envie de le faire, tout comme Malik Djoudi… En bout de course, la programmation a du sens. Elle est assez typée et variée en termes de styles musicaux.

R. B. : Tout à fait, du chanteur des Scissors Sisters à des nouveaux talents comme Voyou, on sait que l’on risque de toucher différents types de publics, qui viendront donc chacun découvrir de nouvelles choses. Et puis, c’est une petite fierté, car certains artistes viennent directement nous dire leur joie de se produire lors de ce festival.

P.-A. V. : Nous avons même eu des demandes d’artistes que nous n’avons pas pu satisfaire, car nous n’avions plus de place dans la programmation. C’est une réaction très enthousiasmante. Et j’aimerais, par exemple, pouvoir accueillir l’an prochain quelques rappeurs. Avec les clichés parfois véhiculés sur l’homophobie en banlieue, ce serait bien d’avoir ce type d’artistes.

Pourquoi investir Jockey Disque, un espace de 5 000 m2 situé au sein de l’Hippodrome d’Auteuil ?

La capacité du site est limitée à 3 000 entrées par soir. (...) Nous ne sommes pas dans la même économie que les gros festivals qui nous précèdentP.-A. V. : C’est, à la base, un concours de circonstances. Au moment où je discutais du projet avec Marc Hernandez, j’ai reçu un mail de Jockey Disque m’invitant à venir découvrir le lieu, ouvert durant les beaux jours. Si ce lieu est pérennisé, je me vois bien m’y installer sur la durée. D’autant qu’il est équipé pour toute la saison, ce qui, en termes de logistique, est tout de même bien plus souple que de trouver un site, de l’équiper, etc. Après, la capacité du site est limitée à 3 000 entrées par soir. Mais j’aime bien l’idée de commencer avec des ambitions raisonnables, et de grandir petit à petit. Enfin, la période à laquelle nous l’organisons est parfaite : ce sera la fin de l’été, et il s’agira du dernier festival parisien outdoor. Même si nous ne sommes pas du tout dans la même économie que les gros festivals qui nous précèdent.

Ce festival s’inscrit-il dans une stratégie de diversification plus globale pour Têtu ?

R. B. : Oui. Nous sommes à une période où la presse n’a d’autre choix que de réfléchir sérieusement à son avenir, et à ce qu’elle doit faire en plus pour exister. Nous avons commencé par rénover le magazine, en en faisant un trimestriel, plus cher mais aussi plus qualitatif et plus différenciant par rapport à la concurrence. Nous le tirons aujourd’hui à 55 000 exemplaires, Têtu comptant parallèlement 5 000 abonnés. Nous le gérons en bon père de famille et c’est aujourd’hui un titre rentable. Maintenant, il faut que cette marque brille, et pour cela il faut qu’elle soit dynamique. Les titres qui ne font rien, qui se concentrent uniquement sur leur métier, sont des titres voués à la disparition.

La presse n’a d’autre choix que de réfléchir sérieusement à son avenir, et à ce qu’elle doit faire en plus pour existerTêtu a été créé en 1995. Le titre a connu quelques soubresauts dans l’actionnariat ces dernières années et a été repris il y a un an et demi par un collectif d’une trentaine de personnes parmi lesquelles Marc Hernandez, Albin Serviant, Marc-Olivier Fogiel et Hervé Labeille. Nous avons dès la reprise entrepris une diversification de la marque en créant, en premier lieu, les Têtu Connect, qui sont des événements qui parlent d’inclusion et de diversité en entreprise. L’objet est d’organiser des conférences et des dîners autour de ces problématiques pour faire avancer les idées. Des entreprises comme Axa, Accenture, ING ou BNP font partie des entreprises qui nous font confiance. Parallèlement, nous avons développé une boutique sur le site Internet du magazine.

L’idée est d’avoir une marque qui vit au-delà du magazine. Mais tout cela est à faire avec parcimonie et sans perdre de vue notre ADN. Nous sommes, étrangement, sursollicités pour notre marque. Et l’on voit très bien de nombreuses marques lancer des collections « pride » et autres. Pour autant, il faut faire attention à ne pas se perdre dans des projets qui ne nous ressemblent pas.

Têtu est une marque iconique, c’est un pan entier de la culture LGBT française. Nous réfléchissons à la manière d’utiliser cela et de le mettre en scène pour les 25 ans du magazine.

Ce projet pourrait-il donner envie à Décibels d’être plus actif sur le terrain des festivals, sur lequel, vous le rappeliez, vous n’êtes pas très présent ?

P.-A. V. : Non, il y a trop d’acteurs sur le marché aujourd’hui. Et puis, pour bien connaître certains qui se sont lancés sur ce marché, c’est un secteur difficile : les cachets y sont de plus en plus élevés, il est de plus en plus compliqué d’avoir les artistes internationaux… Je préfère consacrer mon temps aux artistes de mon catalogue. Mais, évidemment, tout dépendra des opportunités, des projets et des rencontres, comme celle qui nous a amené à nous investir sur le festival Paris Est Têtu.

Le festival Paris Est Têtu est-il un projet coûteux ?

P.-A. V. : Le principal coût de ce festival est celui des cachets. Il y a ensuite un peu de marketing, de scénographie, et de renfort technique, pour que le site soit adapté aux artistes que l’on va programmer. Le risque financier n’est pas le même que celui d’un gros festival qui se monte et investit un lieu qui n’est absolument pas équipé.

Pierre-Alexandre Vertadier
Fiche n° 29924, créée le 09/04/18 à 13:58 - MàJ le 14/04/18 à 00:07

Pierre-Alexandre Vertadier



Parcours Depuis Jusqu'à
Décibels Productions
Président Janvier 2014 Aujourd'hui
Janvier 2014 Aujourd'hui
TS3
Directeur général Septembre 2004 à Décembre 2013
Septembre 2004 Décembre 2013
EMI Music France
Directeur du marketing 2000 à 2004
2000 2004
Delabel
Marketing 1994 à 2000
1994 2000

Romain Burrel
Fiche n° 36116, créée le 21/08/19 à 11:54 - MàJ le 21/08/19 à 12:06

Romain Burrel



Parcours Depuis Jusqu'à
Têtu
Directeur de la rédaction Mai 2018 Aujourd'hui
Mai 2018 Aujourd'hui
Têtu
Chef du service culture Mai 2017 à Mai 2018
Mai 2017 Mai 2018
France Culture
Programmateur et chroniqueur 2016 à 2018
2016 2018
Les Inrocks
Jounraliste et reporter 2014 à 2017
2014 2017
Rock & Folk
Journaliste 2012 à 2014
2012 2014

Décibels Productions
Fiche n° 6962, créée le 17/04/18 à 11:33

Décibels Productions

• Producteur de spectacles (Amir, Christophe Maé, Katia et Marielle Labèque, Peppa Pig, Soprano…)
• Issu en 2014 du rachat par Warner Music France de Jean-Claude Camus Productions en 2008.
• Producteur des dernières tournées de Johnny Hallyday et des Vieilles Canailles.
• Président : Pierre-Alexandre Vertadier (depuis 2014).
• Contact : Stéphanie Bernet, assistante du président
Tél. : 01 44 40 33 33


Fin
loader mask
1