Le mardi 10 septembre 2019   Université Paris-Dauphine
Le financement de la culture : vers de nouveaux modèles ?
Début

« Il y a une véritable appétence du public pour le podcast en France » (Bruno Crolot, Spotify France)

Paris - Publié le vendredi 28 juin 2019 à 16 h 30 - n° 149958 « SpotifySpotify est aujourd’hui la plateforme de streaming musical leader dans le monde. Elle touche directement 217 millions d’utilisateurs. Elle doit être capable de proposer autre chose, d’aller au-delà de la musique et d’étendre son offre à l’audio, de manière générale. L’ouverture aux podcasts semble donc logique et naturelle. L’objectif est d’apporter plus de services à nos utilisateurs et donc, in fine, plus de satisfaction. (…) Le podcast n’est pas encore aussi développé chez Spotify en France qu’il ne l’est aux États-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Suède ou en Amérique latine. Ici, cela fait quelques mois que nous développons une offre francophone et locale, et nous nous sentons maintenant légitimes pour aborder la production de contenus originaux locaux. D’autant qu’il y a une véritable appétence du public en France : nous devançons certains pays d’Europe en termes de proportion de la population qui écoute régulièrement du podcast », déclare Bruno CrolotBruno Crolot, directeur général de Spotify France, à News Tank le 28/06/2019.

Spotify France, qui a « récemment créé une entité dédiée au podcast » comptant deux personnes, a lancé sa première production originale dans le cadre de la campagne « Gainsbourg, la collection », annoncée le 24/06/2019. Ce podcast est composé de six épisodes retraçant la carrière de Serge Gainsbourg. « Le premier épisode est d’ores et déjà en ligne. Nous dévoilerons les autres épisodes au fur et à mesure, durant le mois de juillet », précise Bruno Crolot.

Le directeur général de la plateforme évoque également les nouvelles habitudes de consommation induites par le podcast : « Dans les pays où Spotify s’est positionné depuis plus longtemps que nous, nous constatons que le podcast génère une écoute incrémentale : il représente du temps d’écoute de contenus supplémentaire, et ne cannibalise pas l’écoute de musique ».

Implication de Spotify France dans l’ESMLESMLSyndicat des éditeurs de services de musique en ligne, croissance du nombre d’abonnés aux services de streaming en France et impact des enceintes connectées sur la consommation de musique sont quelques-uns des autres sujets évoqués par Bruno Crolot pour News Tank.
© D.R.
© D.R.

Comment se porte Spotify France, dans un contexte où le streaming est devenu majoritaire dans les revenus des maisons de disques en 2018, représentant 51 % de leur chiffre d’affaires ?

Nous avons renforcé l'équipe dans tous les secteurs, mais particulièrement sur l’aspect contenusLe bilan de l’année 2018 publié par le SNEPSNEPSyndicat national de l'édition phonographique, qui montre une belle progression des revenus issus du streaming payant, est évidemment très positif pour Spotify mais aussi pour l’ensemble des acteurs du secteur. Chez Spotify France, nous avons beaucoup étoffé les équipes et investi. Le bureau parisien compte aujourd’hui un peu plus de 40 personnes, dont une partie est constituée par l’équipe de recherche en intelligence artificielle, qui travaille pour Spotify au niveau global. Nous l’avons renforcé dans tous les secteurs, mais particulièrement sur l’aspect contenus. Notamment les équipes éditoriales de Nicolas du Roy et l’équipe travaillant avec les artistes et les labels d’Antoine Monin.  Nous venons tout récemment de créer une entité dédiée au podcast. C’est pour l’instant une équipe de deux personnes. Mais nous avons de grandes ambitions.

Le podcast devient une tendance de fond, au sein des services de streaming en général, et chez Spotify en particulier, qui y a massivement investi au niveau global depuis début 2019. Que représente-t-il comme perspective en termes de recrutement ou de fidélisation d’abonnés ?

Spotify est aujourd’hui la plateforme de streaming musical leader dans le monde. Elle touche directement 217 millions d’utilisateurs. Elle doit être capable de proposer autre chose, d’aller au-delà de la musique et d’étendre son offre à l’audio, de manière générale. L’ouverture aux podcasts semble donc logique et naturelle. L’objectif est d’apporter plus de services à nos utilisateurs et donc, in fine, plus de satisfaction. Difficile de dire que le podcast est un nouveau relais de croissance pour Spotify, car la croissance est déjà là et il y a encore beaucoup à faire sur la musique. Il faut davantage voir le podcast comme une offre complémentaire pour l’utilisateur, comme une extension naturelle de ce que peut leur apporter Spotify. Et puis cela va servir une nouvelle communauté de créateurs, les podcasters, avec l’ambition de leur apporter la même qualité de services et d’outils que celle que nous apportons aux artistes de la musique.

Il faut davantage voir le podcast comme une offre complémentaire pour l’utilisateur, comme une extension naturelle de ce que peut leur apporter SpotifyLe podcast n’est pas encore aussi développé chez Spotify en France qu’il ne l’est aux États-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Suède ou en Amérique latine. Ici, cela fait quelques mois que nous développons une offre francophone et locale, et nous nous sentons maintenant légitimes pour aborder la production de contenus originaux locaux. D’autant qu’il y a une véritable appétence du public en France : nous devançons certains pays d’Europe en termes de proportion de la population qui écoute régulièrement du podcast. Nous avons d’ailleurs dévoilé un premier podcast original, intégré au sein de la campagne « Gainsbourg, la collection » : il est composé de six épisodes retraçant la carrière de Serge Gainsbourg. Pour ce premier podcast exclusif, nous avons choisi le biographe de Serge Gainsbourg, Bertrand DicaleBertrand Dicale, pour les textes, Melvil Poupaud pour la narration, avec la participation de Clara Luciani. Le premier épisode est d’ores et déjà en ligne. Nous dévoilerons les autres épisodes au fur et à mesure, durant le mois de juillet 2019.

Il y a un marché, parce qu’il y a un attrait pour cette manière de consommer des contenus audios.

Quels sont les chiffres-clés de Spotify en matière de podcast ?

185 000 podcasts sur Spotify au niveau global, et plus de 500 nouveaux podcasts lancés chaque jourÀ date, il existe plus de 185 000 podcasts sur Spotify au niveau global, et plus de 500 nouveaux podcasts sont lancés chaque jour dans le monde. Leur volume d’écoute sur notre plateforme a augmenté de 250 % en un an. Par exemple, l’un des podcasts les plus populaires chez nous, le « FNF », a été écouté en cumulé 41 millions d’heures, et est suivi par 1,2 million d’auditeurs toutes les semaines. Ce podcast d’origine allemande est la première production originale de nos collègues d’outre-Rhin. L’idée de ce podcast est venue à l’origine d’une émission de radio dans laquelle deux copains dialoguaient au téléphone le dimanche en fin d’après-midi, avant de reprendre le travail le lundi. Ces deux comiques ont vu leur émission stoppée par la radio en question, ce qui a donné aux équipes de Spotify l’idée de leur proposer d’en faire un podcast exclusif pour la plateforme.

Certains labels s’inquiètent de la place que vont prendre les podcasts sur les plateformes de streaming, et de la possible cannibalisation sur l'écoute de musique. Est-ce une crainte légitime ?

Ce que nous constatons dans les pays où Spotify s’est positionné depuis plus longtemps que nous, c’est que le podcast génère une écoute incrémentale : il représente du temps d’écoute de contenus supplémentaire, et ne cannibalise pas l’écoute de musique. Qui plus est, le podcast va nous permettre d’attirer d’autres typologies d’utilisateurs, qui ne sont pas encore sur le streaming musical et qui, consommeront aussi de la musique grâce à notre catalogue aujourd’hui composé de plus de 50 millions de titres, via leur abonnement. C’est donc vertueux, et pour tout le monde.

Quelle est votre stratégie au niveau local sur les podcasts, et l’objectif en termes d’offre ?

En France, l'offre de podcasts est constituée à environ 80 % d’émissions de radio en replayNotre objectif est, d’une part, d’être le plus exhaustif possible en termes de mise à disposition des catalogues existants. Sachant que la France est un marché particulier, encore une fois, sur le podcast. Il y a une offre de podcast très dense, mais constituée à environ 80 % d’émissions de radio en replay. Aux États-Unis, le replay est en dessous des 50 %. Nous sommes donc, en France, en train de discuter avec certaines radios pour obtenir leurs catalogues, certaines ayant, d’ailleurs, des stratégies bien particulières en termes de distribution. Il existe aussi des sociétés spécialisées dans le podcast natif, avec lesquelles nous discutons également. Enfin, nous complèterons notre offre avec des contenus originaux, développés en interne par notre  équipe, dès la fin de cette année. Je le répète, c’est un vrai moyen de différenciation sur lequel nous avons toute légitimé à nous positionner.

Les genres les plus consommés en podcast sont majoritairement de la fiction, et notamment des enquêtes. Mais nous pourrons aussi nous intéresser à l’information, traitée sous une forme un peu différente. Nous ne nous interdisons rien.

Spotify devient donc plus qu’un distributeur, il produit désormais des contenus.

Toujours contre les exclusivités, et foncièrement défavorables au « fenêtrage »Oui, des podcasts originaux pour enrichir notre offre éditoriale et contribuer à développer le marché. En matière de musique, nous produisons déjà des Spotify Singles, principalement aux États-Unis, en Suède ou au Royaume-Uni, peu en France jusqu'à présent. Il s’agit d’opérations ponctuelles, dans un cadre bien défini. En matière de répertoire musical, nous sommes toujours convaincus que les catalogues doivent être accessibles à tout le monde, en gratuit et en payant, et sur toutes les plateformes. Et ce dès le lancement d’un album ou d’un titre. Nous sommes donc toujours contre les exclusivités, et foncièrement défavorables au « fenêtrage », qui est d’ailleurs peu utilisé par les maisons de disques depuis qu’elles en ont la possibilité. Le streaming devenant tellement dominant dans le monde, je pense qu’elles ont saisi le risque de pratiquer le « fenêtrage », donc de se couper d’une partie des auditeurs que le gratuit représente, même temporairement. Ce n’est plus vraiment un sujet. 

La croissance du marché des enceintes connectées impacte-t-il déjà la typologie des contenus consommés sur Spotify ?

Nous n’avons pas noté d’impact particulier sur le type de contenus consommés. Mais ce qui est certain, c’est que c’est une opportunité de croissance, parce que ce type de matériel va multiplier les possibilités pour le public d’utiliser les services de streaming. D’ailleurs aujourd’hui, on voit que 89 % des usages des enceintes connectées sont dédiés à l’écoute de musique. Et puis c’est un nouvel usage qui peut amener au streaming une population qui n’est pas fondamentalement fan de musique, qui en a, en tout cas, une écoute plus passive que d’autres. Enfin, ces enceintes peuvent participer à faire du streaming une partie intégrante du quotidien du foyer, de par leur position centrale dans le salon ou la cuisine

Mais nous avons un point de vigilance, celui de l’équité d’accès des plateformes à ces enceintes, lorsqu’on sait que certains fabricants d’enceintes connectées, et pas des moindres, ont eux-mêmes des services de streaming. Nous ne faisons pas de procès d’intention, mais nous sommes simplement vigilants à ce que la concurrence s’exerce équitablement sur ce marché naissant.

Le volume d’abonnés aux services de streaming en France a cru de 1,1 million, passant de 4,4 en 2017 à 5,5 millions en 2018. Les plateformes peuvent-elles désormais se passer de bundles BundlesService de streaming offert, par exemple, avec l'abonnement à un service de télécommunicationpour recruter des abonnés ?

Le taux de pénétration du streaming en France est en dessous de 50 %Tout ce qui contribue à faire découvrir le streaming à de nouveaux utilisateurs est bon à prendre. En cela, les bundles restent une option intéressante, même si nous en sommes peut-être moins dépendants qu’au lancement des offres de streaming, où il fallait faire beaucoup de pédagogie. Nous sommes satisfaits de poursuivre notre collaboration avec Bouygues, même si notre croissance organique est en parallèle très forte, grâce notamment au fait que nous ayons musclé notre marketing, avec des campagnes plus informatives, pour aller toucher des segments spécifiques.

Aujourd’hui, le taux de pénétration du streaming en France est en dessous de 50 % (soit le ratio entre le nombre de personnes qui streament de l’audio par rapport à la population disposant du haut débit), les mécanismes comme le bundle sont donc encore aujourd’hui un très bon moyen de recrutement.

Dans les outils marketing, il y a la politique de prix développée par Spotify, avec les offres familiales et étudiants. Comment celles-ci pèsent-elles aujourd’hui sur le nombre d’abonnés en France ?

Je ne peux pas divulguer de chiffres précis, mais ce n’est pas à la marge. Et l’offre famille, par exemple, fonctionne bien. C’est une belle opportunité pour démocratiser le streaming dans les foyers.

Spotify a finalement décidé de s’impliquer dans l’ESMLESMLSyndicat des éditeurs de services de musique en ligne, fin 2017. Quels sont les sujets que vous défendez collectivement ?

Radio et streaming représentent des usages très différents, il serait difficilement compréhensible qu’on veuille les considérer de manière similaireC’est très important pour nous de travailler main dans la main avec les autres plateformes françaises comme Deezer Deezeret Qobuz Qobuzau sein de l’ESML, pour porter certains sujets liés au streaming. Par exemple autour des réflexions en cours dans le cadre de la future loi sur l’audiovisuel, sur une éventuelle régulation des plateformes de streaming, dans l’esprit de ce qui existe pour les radios en matière de programmation de musique française. Il est essentiel pour nous de faire valoir, collectivement, aux pouvoirs publics et au reste de la filière que les plateformes de streaming sont un formidable outil de découverte et de diversité dans la diffusion de musique, notamment d’origine française, en France bien sûr mais également à l’international, notamment dans le cas de Spotify. Radio et streaming représentent par ailleurs des usages très différents, il serait difficilement compréhensible qu’on veuille les considérer de manière similaire.

Notons par ailleurs qu’il y a un équivalent européen à l’ESML, Digital Music Europe, qui nous permet de porter nos sujets à Bruxelles. Il était important que ce marché se structure d’un point de vue des organisations professionnelles, pour porter une voix commune.

  Évolution trimestrielle du nombre d'utilisateurs mensuels et d'abonnés Spotify dans le monde

Évolution trimestrielle du nombre d'utilisateurs mensuels et d'abonnés Spotify dans le monde

Note : MAU = Monthly Active Users (utilisateurs actifs mensuels)

Le nombre global de MAU ne correspond pas au nombre d'abonnés ajouté au nombre de MAU du service gratuit, l'ensemble des abonnés n'étant pas actifs tous les mois

Source(s) : Spotify

Bruno Crolot
Fiche n° 801, créée le 20/11/13 à 08:56 - MàJ le 14/06/19 à 11:06

Bruno Crolot



Parcours Depuis Jusqu'à
Spotify
Directeur général France et Benelux Octobre 2016 Aujourd'hui
Octobre 2016 Aujourd'hui
Sónar+D
Conseiller Décembre 2015 à 2016
Décembre 2015 2016
Reed Midem
Directeur du Midem et des salons musicaux de Reed Midem Décembre 2010 à Juillet 2015
Décembre 2010 Juillet 2015
Sony Music Entertainment France
Directeur du département digital et business développement Décembre 2008 à Décembre 2010
Décembre 2008 Décembre 2010
Orange
Directeur des contenus audiovisuels et musicaux Août 2005 à Novembre 2008
Août 2005 Novembre 2008
Noos
Chargé du marketing, du business development et des contenus Mai 2001 à Juillet 2005
Mai 2001 Juillet 2005
Labels divers dont Universal MCA
Développement commercial et marketing Mai 1994 à Avril 2001
Mai 1994 Avril 2001
Êtablissement & diplôme Année(s)
Université Paris Dauphine - PSL
MSG Septembre 1988 - Juin 1990
Septembre 1988 Juin 1990

Spotify
Fiche n° 263, créée le 27/09/13 à 13:23 - MàJ le 27/02/19 à 09:45

Spotify

• Plateforme de streaming musical d’origine suédoise.
• Créée en 2008
• Disponible dans 79 pays
• Présente en France depuis 2009
PDG : Daniel Ek
• Directeur général France et Benelux : Bruno Crolot (depuis le 11/10/2016)
• Chiffre d’affaires 2018 : 5,26 Md€
- 4,09 Md€ en 2017
- 2,93 Md€ en 2016
- 1,92 Md€ en 2015
• Perte nette 2018  : -73 M€
- 1,24 Md€ en 2017
- 539 M€ en 2016
- 231,4 M€ en 2015
• Chiffres-clés :
- 207 millions d’utilisateurs mensuels actifs, au 31/12/2018
- 96 millions d’abonnés, au 31/12/2018
- « Plus de » 3 milliards de playlists créées
- 40 millions de titres en catalogue
- 10 Md€ reversés (au 31/08/2018) aux ayants-droit depuis sa création en 2008
• Contact : Nadini Sathiyarajan, responsable des relations presse de Spotify France
• Tél. : 01 76 31 07 12



Spotify
166, rue du Faubourg Saint Honoré
75008 Paris - FRANCE
Téléphone : 01 76 31 07 01
vCard meCard .vcf VCARD

Fin
loader mask
1