« Remonter les taux de garantie, a minima à ce qu’ils étaient, bien avant 2020 » (S. Hillel, ASTP)

News Tank Culture - Paris - Entretien n°81954 - Publié le 29/11/2016 à 13:26
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©  Céline Nieszawer
©  Céline Nieszawer

« La priorité absolue est de redresser les finances de l’association, qui a connu en 2015 un fort déficit (-1,17 M€) pour le 3e exercice consécutif. Pour 2016, entre le 31/10/2015 et le 31/10/2016, nous enregistrons à Paris une baisse de 3,5 % de la taxe facturée et de la fréquentation (soit de 3,3 M€ à 3,18 M€ de taxe, et de 3,468 à 3,345 millions d’entrées payantes) », déclare Stéphane Hillel, élu président de l’ASTP Association pour le soutien du théâtre privé pour quatre ans le 20/10/2016, dans une interview à News Tank le 29/11/2016.

Afin d’enrayer son déficit, l’association a baissé les taux de ses garanties de 40 à 35 %, pour les créations, et de 30 à 25 %, pour les reprises de spectacles. « Ces mesures n’étant applicables que depuis septembre 2016, nous devrons attendre la fin de l’année pour en mesurer l’impact réel sur les premiers spectacles concernés. Cette mesure de sauvegarde n’est pas faite pour durer. Notre volonté est de remettre les taux a minima à hauteur de ce qu’ils étaient, et ce, bien avant la fin du mandat. Nous souhaitons également aménager nos mécanismes pour mieux aider ceux qui rencontrent de grosses difficultés, de sorte que les aides soient mieux proportionnées à l’ampleur de ces difficultés », explique à ce propos le metteur en scène, également codirecteur des théâtres de Paris, de la Michodière et des Bouffes-Parisiens.

Interrogé sur les préconisations de refonte du CNV Centre national de la chanson, des variétés et du jazz en un établissement public qui « disposerait de nouvelles recettes affectées pour apporter des soutiens aux arts du spectacle vivant et de la musique enregistrée, sous l’autorité du MCC Ministère de la Culture et de la Communication  » dans le pré-rapport remis par Jules Frutos Cofondateur et gérant @ Alias • Membre @ Comités Prodiss
au Prodiss Syndicat national du spectacle musical et de variété , il indique : « Si vous faites référence au projet de “maison commune” prôné par ce rapport, nous avons eu l’occasion de dire avec une grande franchise à nos amis du Prodiss que nous ne nous sentions pas concernés. Que les professionnels de la musique se mobilisent à nouveau pour faire revivre le projet de CNM Centre national de la musique , oui, mille fois oui, cela a du sens, au nom d’une logique de filière, et le CNV Centre national de la chanson, des variétés et du jazz a sans doute toute légitimité pour en être le support. Mais qu’on imagine une forme d’intégration de l’ASTP et du théâtre privé dans un grand “machin” censé accueillir tout le spectacle vivant, non merci ! ».

Priorités du nouveau président de l’ASTP, pistes de redressement des finances de l’association, premiers effets de l’accord CNV-ASTP sur la répartition de la taxe sur les comédies musicales et les spectacles d’humour, projet de « maison commune » du spectacle vivant et de la musique enregistrée, Stéphane Hillel répond aux questions de News Tank.


Déjà directeur de trois théâtres, metteur en scène, administrateur du SNDTP Syndicat national du théâtre privé et de l’ASTP, pourquoi avoir postulé à la présidence de l’ASTP ?

J’ai toujours été passionné par cet outil qu’est le Fonds de soutien, car c’est un mécanisme vertueux et unique au service du théâtre. C’est grâce à ce modèle de garantie, basé sur la solidarité de la profession, qu’existent encore des théâtres privés producteurs. Sans le Fonds de soutien, bon nombre de théâtres, notamment des salles de petite ou moyenne jauge, n’auraient plus la capacité de produire leurs propres spectacles.

Vous succédez pour quatre ans à Marie-France Mignal qui présidait l’association depuis 2000. Quels changements envisagez-vous ? Quelles seront vos priorités ?

En tant qu’administrateur puis secrétaire général de l’ASTP au cours de ces quatre dernières années, j’assume le bilan de l’association et m’inscris dans une forme de continuité. Néanmoins, lors de la dernière AG Assemblée générale , nos adhérents ont élu une équipe profondément renouvelée (seuls Bernard Murat Directeur artistique @ Théâtre Edouard VII
, président du SNDTP, et moi-même siégions déjà au Conseil), jeune et dynamique, et c’est extrêmement motivant.

La priorité absolue est de redresser les finances de l’association »

La priorité absolue est de redresser les finances de l’association, qui a connu en 2015 un fort déficit (-1,17 M€) pour le 3e exercice consécutif (2013, 2014 et 2015). Pour 2016, entre le 31/10/2015 et le 31/10/2016, nous enregistrons à Paris une baisse de 3,5 % de la taxe facturée et de la fréquentation (soit de 3,3 M€ à 3,18 M€ de taxe, et de 3,468 à 3,345 millions d’entrées payantes).

Compte tenu du contexte extrêmement difficile et d’un cumul de facteurs défavorables, on peut dire que la casse a été limitée, même si les attentats de novembre 2015, l’actualité anxiogène qui a suivie et la répétition des attentats font que les sorties sont durablement impactées. Par ailleurs, la fermeture provisoire du Théâtre Mogador, ainsi que la fermeture prolongée du Théâtre Marigny, pouvaient nous faire craindre des baisses plus importantes.

La situation est néanmoins très tendue et il faut réagir en urgence pour pérenniser le Fonds de soutien. Il n’y a que deux façons d’enrayer un déficit : baisser les dépenses et augmenter les recettes. Nous travaillons donc sur ces deux aspects. 

Comment augmenter les recettes dans le contexte que vous décrivez ?

Nous demandons, je crois que c’est en bonne voie, à la Ville de Paris et au ministère de la Culture et de la Communication de revoir leurs dotations à la hausse. Nous devons obtenir un soutien particulier dans ces moments très difficiles, même si nous sommes conscients que nous ne pouvons, à terme, tout attendre de nos tutelles. C’est pourquoi nous réfléchissons aux moyens d’élargir nos ressources ainsi qu’à des aménagements de nos mécanismes. Nous avons pas mal d’idées à ce sujet, mais nous devons encore les tester pour vérifier leurs impacts financiers, et les éprouver juridiquement parlant, avant de nous engager dans une direction ou une autre. Notre conseil d’administration du 15/12/2016 devrait approuver un document d’orientation en ce sens.

Pour réduire vos dépenses, vous avez procédé à une baisse de 5 % des taux de garantie de l’ASTP, effective au 01/09/2016 ?

Oui, il s’agissait avant tout d’une mesure de sauvegarde, nous n’avions pas le choix. Nous subissons un double effet ciseaux avec ce constat que, généralement, plus les revenus issus de la taxe baissent, plus les interventions en garantie s’alourdissent, ce qui tend à creuser encore davantage le déficit. Or il nous faut absolument reconstituer les réserves du Fonds de soutien pour absorber les fluctuations inhérentes à notre activité et sécuriser l’existence de l’ASTP. Les taux de garantie sont donc passés de 40 à 35 % (créations) et de 30 à 25 % (reprises). 

Quelles en sont les conséquences à ce stade ?

Il est trop tôt pour mesurer vraiment les effets de cette baisse, mais il est certain que cela aura un impact. Passer de 40 % à 35 % de taux de garantie équivaut en réalité à une baisse de 12,5 % de la prise en charge du déficit, ce qui n’est pas rien. 

Notre volonté est de remettre les taux a minima à hauteur de ce qu’ils étaient, et ce, bien avant la fin du mandat »

Ces mesures n’étant applicables que depuis septembre 2016, nous devrons attendre la fin de l’année pour en mesurer l’impact réel sur les premiers spectacles concernés. Cette mesure de sauvegarde n’est pas faite pour durer. Notre volonté est de remettre les taux a minima à hauteur de ce qu’ils étaient, et ce, bien avant la fin du mandat. Nous souhaitons également aménager nos mécanismes pour mieux aider ceux qui rencontrent de grosses difficultés, de sorte que les aides soient mieux proportionnées à l’ampleur de ces difficultés.

Il nous faut aussi mieux communiquer, mieux faire savoir qui nous sommes et comment nous travaillons. Nous devons réfléchir à nous élargir, à d’autres façons de faire du théâtre, à d’autres métiers. Il est indispensable d’évoluer, de ne pas rester étrangers aux mutations actuelles, notamment celles liées au numérique, et d’y participer. La billetterie, l’utilisation des datas, des fichiers évoluent et cela offre des possibilités très intéressantes. Nous n’avons rien à cacher et tout à gagner à mieux faire connaître notre modèle, qui est inégalé, dans la mesure où chaque euro dépensé par le Fonds de soutien aide directement le spectacle, la création, l’emploi. À nous de le valoriser avec des moyens assez simples. Il est quand même important de faire comprendre, y compris à d’autres acteurs du spectacle vivant privé, que notre modèle fonctionne ainsi, depuis plus de 50 ans, et qu’il a prouvé sa grande efficacité.

Vous faites référence aux possibilités d’expansion de certains organismes, comme l'élargissement du CNV préconisé dans le pré-rapport de Jules Frutos  Publié le 09/11/2016 à 12:01
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Si vous faites référence au projet de « maison commune » prôné par ce rapport, nous avons eu l’occasion de dire avec une grande franchise à nos amis du Prodiss Syndicat national du spectacle musical et de variété  que nous ne nous sentions pas concernés. Que les professionnels de la musique se mobilisent à nouveau pour faire revivre le projet de CNM Centre national de la musique , oui, mille fois oui, cela a du sens, au nom d’une logique de filière, et le CNV a sans doute toute légitimité pour en être le support. Mais qu’on imagine une forme d’intégration de l’ASTP et du théâtre privé dans un grand « machin » censé accueillir tout le spectacle vivant, non merci ! 

Notre secteur génère plus de 160 M€ de recettes annuelles de billetterie sur la seule activité théâtrale »

Il me semble d’ailleurs que nous ne sommes pas les seuls à exprimer de fortes réticences. Notre secteur n’a certes pas le poids de l’industrie musicale, mais il forme un ensemble soudé et très cohérent. Il génère plus de 160 M€ de recettes annuelles de billetterie sur la seule activité théâtrale. Il emploie une forte proportion de salariés permanents et offre de très longues périodes d’emploi aux artistes et techniciens intermittents. L’ASTP impose par exemple à ses adhérents un nombre minimum de techniciens permanents selon les jauges des salles.

Je suis heureux et rassuré de voir beaucoup de jeunes directeurs rejoindre l’ASTP, qui comptera fin 2016, 60 théâtres adhérents et 24 entrepreneurs de tournées. Notre modèle parle aux jeunes générations, et c’est heureux.

Ce système a pour principale vertu de rendre le risque acceptable »

Ce modèle se base avant tout sur un système assurantiel. Nous ne garantissons pas 100 % des pertes aux théâtres, cela serait une forme de subvention, mais un pourcentage suffisamment fort pour autoriser la prise de risque. Nos avances sont remboursables quand les comptes du spectacle sont équilibrés, et en tant que directeur de théâtre, je suis heureux lorsque je suis en mesure de rembourser les aides du Fonds de soutien, cela signifie que j’ai équilibré l’exploitation du spectacle. Le système fonctionne comme une mutuelle ; via la taxe, ceux qui connaissent le succès paient pour ceux qui subissent des échecs. Ce système a pour principale vertu de rendre le risque acceptable ; les théâtres ne sont pas obligés d’arrêter le spectacle trop tôt, et la plupart du temps, le succès arrive lorsqu’on s’est donné le temps d’installer le spectacle. Cette bascule est de plus en plus tardive : on voit des spectacles qui démarrent vraiment à la 7e ou à la 8e semaine, il faut donc pouvoir tenir longtemps.

Ce fonctionnement a en réalité l’immense mérite de concilier une logique économique et une mission de service public, que nous assumons pleinement : jouer longtemps, parfois devant un public clairsemé, et soutenir une offre de spectacles abondante, diversifiée et créative. 

Quelques mois après la mise en place de l’accord ASTP/CNV  Publié le 03/05/2016 à 16:32
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annoncé en juin 2016, quels premiers effets entrevoyez-vous ? 

L’accord facilite l’accès de certains spectacles à nos théâtres, et depuis sa signature, nos relations avec le CNV se sont nettement améliorées. L’arrivée de Gilles Petit, qui a une connaissance fine du spectacle, y compris théâtral, a également eu des effets positifs. Et l’État n’a plus à tenir une position intenable d’arbitre entre nous. Les règles sont plus lisibles pour les professionnels et les deux organismes sont sécurisés par cet accord. Il n’y a pour le moment pas eu de recours à la commission d’arbitrage prévue par l’accord en cas de litige (9 personnes, 4 de l’ASTP, 4 du CNV et une qualifiée), mais cela arrivera nécessairement.

Lors d’une précédente interview, en février 2015, vous évoquiez le besoin de diffusion et d’accès aux salles subventionnées en région. Les choses ont-elles évolué depuis ?

Il n’y a pas eu de progrès considérables et cela reste un enjeu. Nous ne demandons pas nécessairement que ces établissements subventionnés nous achètent nos spectacles mais la possibilité de louer leurs lieux et de produire à nos risques et périls lors des périodes d’inutilisation. Pour autant, nous trouvons très souvent portes closes, et c’est infiniment regrettable.

Stéphane Hillel


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Parcours

Théâtre des Bouffes Parisiens
Codirecteur
Théâtre de la Michodière
Codirecteur
Théâtre de Paris
Directeur

Fiche n° 3079, créée le 14/03/2014 à 21:44 - MàJ le 29/04/2021 à 14:27

Association pour le soutien du Théâtre Privé (ASTP)

• Créée en 1964
• 85 adhérents
• Montant de la taxe perçue en 2019 : 6 597 129 €
• 6,75 millions de billets vendus en 2019
• Président : Stéphane Hillel (Théâtre de Paris)
• Déléguée générale : Anne-Claire Gourbier (depuis le 01/01/2021)
• Tél. : 01 40 54 83 73


Catégorie : Divers Privé


Adresse du siège

48 Rue de Laborde
75008 France


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Fiche n° 270, créée le 27/09/2013 à 13:23 - MàJ le 10/06/2021 à 17:00


©  Céline Nieszawer
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