Think Culture : « Que l’UE comprenne que la culture est un secteur d’avenir » (Eric Baptiste, Cisac)

News Tank Culture - Paris - Entretien n°75499 - Publié le 01/09/2016 à 17:54
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« Il est fondamental que l’Union et ses États membres comprennent que la Culture, les créateurs et les entreprises qui dépendent de la créativité représentent un secteur d’avenir, créateur d’emplois pour la plupart de proximité et non délocalisables. L’écosystème culturel n’est pas un “fournisseur de contenus” pour d’autres industries, c’est une activité majeure en tant que telle et elle doit être pensée comme telle dans le but de la faire croître dans la compétition économique mondiale », déclare Eric Baptiste, président de la Cisac Confédération Internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs , chef de la direction de la Socan Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique et modérateur du débat « l’Europe, alliée ou adversaire », organisé dans le cadre de Think Culture le 06/09/2016. « Comme les États-Unis, l’Europe est source d’inspiration pour beaucoup d’États à travers le monde mais aussi un terrain de jeu très tentant pour les lobbys de toute nature. Cela crée une grande responsabilité pour ceux en Europe qui ont en charge les politiques ayant un impact sur la Culture. On regrette ainsi l’installation progressive d’une vision déformée des industries culturelles, soupçonnées de créer des “obstacles”, d’être plus tournées vers le passé que vers le futur ou de ne pas avoir l’esprit conquérant. Comment penser cela de l’écosystème qui produit Adele, David Guetta ou Pedro Almodóvar ? Quand les décideurs européens verront-ils que la Culture pourrait être leur Silicon Valley ? », ajoute-t-il.

Le débat « l’Europe, alliée ou adversaire » se déroule à 11h45 le 06/09/2016 à l’Université Paris-Dauphine. Émilie Cariou Députée (Écologie, démocratie, solidarité) @ 2e circonscription de la Meuse • Vice-présidente de la commission des finances @ Assemblée nationale
, Conseillère chargée des affaires européennes, internationales et du numérique auprès d’Audrey Azoulay Directrice générale @ Unesco
• Née en août 1972
, ministre de la Culture et de la Communication, Hervé Rony Directeur général @ Société civile des auteurs multimédia (SCAM) • Président @ Le FAIR
, directeur général de la SCAM, Patrick Raude Secrétaire général @ Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (SACD) • Vice-président du conseil d’administration @ Confédération Internationale des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs (CISAC)
, secrétaire général de la SACD, Marie-Anne Ferry-Fall Présidente @ AVA (Arts visuels associés) • Directrice générale @ Société des Auteurs Dans les Arts Graphiques et Plastiques (ADAGP) • Présidente @ Sorimage • Présidente @ European Visual… , directrice générale de l’ADAGP, François de Mazières Directeur artistique @ Le Mois Molière • Maire @ Mairie de Versailles • Président (DVD) @ Versailles Grand Parc (CAVGP) • Secrétaire @ Centre de Musique Baroque de Versailles • Co-président de la… , député, Marcel Rogemont Conseiller départemental délégué à l’habitat @ Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine (CD 35) • Président @ Néotoa • Président @ Fédération des Offices Publics de l’Habitat (FOPH)
• Né le 03/01/1948…
, député, et Michel Magnier Directeur de la culture et de la créativité @ Direction générale de l'éducation et de la culture de la Commission européenne
• 1981 : diplômé de l’Institut d'Études Politiques de Paris • 1986 …
, directeur de la culture et de la créativité à la direction générale de l'éducation et de la culture de la Commission européenne, participeront aux échanges.


Quelles problématiques se cachent derrière le titre du débat que vous animez : « l’Europe, alliée ou adversaire » ?

L’Union européenne joue un rôle beaucoup plus important qu’on ne le pense dans le domaine de la culture »

Elles sont nombreuses en effet. L’Europe dont on parle ici, ce n’est pas le continent en tant que réalité géographique et historique mais l’Union européenne en tant qu’institution et celle-ci joue un rôle beaucoup plus important qu’on ne le pense dans le domaine de la culture. Au-delà des politiques et actions directement liées à la Culture parfois très visibles comme les « Capitales européennes de la culture », les principales décisions de l’Union sont à caractère économique ou d’harmonisation législative et ont de profonds impacts sur l’écosystème culturel. Harmoniser le cadre juridique du droit d’auteur et des droits voisins dans une optique de fonctionnement du marché intérieur n’est pas neutre pour les créateurs et les industries qui les soutiennent ou pour celles qui dépendent de la créativité pour leur offre de produits. Trouver le bon point d’équilibre entre l’accès des Européens aux technologies et services numériques et la préservation de l’avantage comparatif européen en matière d’industries culturelles n’est pas simple.

Un autre exemple des difficultés a trait aux compétences propres de l’Union ou à celles où la commission agit de manière autonome, sur mandat des États. Je pense notamment au droit de la concurrence ou à la négociation des traités commerciaux. Sans prétendre que la Culture et son écosystème sont si fondamentalement différents que concurrence ou libre échange leur sont radicalement étrangers, peut-on vraiment soutenir que les mêmes mécanismes et raisonnements peuvent s’appliquer au marché des pièces détachées pour automobiles et à la manière dont les créateurs de musique gèrent leurs droits ou à la façon dont les filières cinéma nationales doivent trouver leurs publics et leurs financements ? Le tribunal de l’Union européenne l’a d’ailleurs opportunément rappelé en 2013 dans « l’affaire Cisac Confédération Internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs  » en annulant une décision de la commission en matière de droit de la concurrence.

L’Europe doit-elle se mêler de culture ? N’est-ce pas un sujet éminemment national et assez incongru pour un organisme supranational ?

Les institutions européennes se sont construites comme se propage une onde, à partir d’extensions de compétences successives mais à caractère prioritairement économique. Toutefois, si on réfléchit bien aux raisons qui ont motivé les pères de l’Europe, la Culture au sens le plus large n’était pas loin. Unifier un continent qui n’avait jamais connu de paix durable, qui avait plongé le monde à deux reprises dans des guerres planétaires ne pouvait être possible que si, progressivement, les Européens partageaient les mêmes valeurs, les mêmes références, les mêmes affinités. En un mot, si les cultures nationales convergeaient. C’était difficile et cela le demeure si on pense aux nombreuses langues parlées dans les 28 États d’Europe ou aux traditions politiques qui ne placent pas toujours la Culture dans le champ de l’action publique. Je ne peux pas m’empêcher de penser que l’actuel désamour de nombreux Européens face à l’Union peut en partie s’expliquer par le fait que la Culture a été si peu au centre de ce que l’on appelle souvent « la construction européenne ».

Quand on pense Culture, on ne pense jamais « Europe » »

Chacun des États de l’Union a son récit national, plongeant plus ou moins loin dans son histoire mais aussi dans sa Culture, ses écrivains, ses peintres, ses cinéastes, ses compositeurs, etc. Quel est le récit européen ? On sèche… Bien sûr, cela s’explique. Certains pays ont des traditions de non intervention étatique dans la sphère culturelle pour des raisons aussi différentes que celles du Royaume-Uni ou de l’Allemagne. À l’inverse, certains pays dont la France est l’archétype ont eu la farouche volonté de préserver leurs politiques culturelles d’interventions européennes toujours suspectées d’être, soit mal intentionnées, soit naïves parce que ne s’intéressant qu’à la dimension économique de l’écosystème culturel. Le résultat est là, quand on pense Culture, on ne pense jamais « Europe ».

En tant que dirigeant d’une société de gestion collective nord-américaine, la Socan Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique , et président du conseil d’administration d’une organisation mondiale, la Cisac, qu’attendez-vous de l’Europe ?

Le bon fonctionnement de l’écosystème culturel européen est vital pour les Canadiens de la Socan »

Quelques points de repère d’abord. Près de 60 % des 8 milliards d’euros collectés annuellement pour le compte des auteurs dans le monde entier le sont en Europe. C’est essentiel pour les créateurs européens, mais cela l’est aussi pour les non Européens. Prenons la Socan Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique  dont nombre de créateurs ont des succès mondiaux. Les droits provenant de l’étranger sont leur deuxième source de revenus par ordre d’importance et, si les États-Unis sont de loin le premier pays d’exportation pour nos auteurs, ensuite viennent des pays européens : Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Belgique, etc. Le bon fonctionnement de l’écosystème culturel européen est donc vital pour les Canadiens de la Socan. Ensuite, tant la Cisac que le groupement européen Gesac Groupement européen des sociétés d’auteurs et compositeurs  ont récemment fait réaliser des études sur l’importance de l’écosystème culturel. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 33 millions d’emplois et un chiffre d’affaires cumulé supérieur au PIB Produit intérieur brut  de l’Inde. Au niveau européen, cet écosystème culturel est tout simplement 5 fois plus important économiquement que l’industrie des télécommunications, pourtant objet de toutes les attentions des décideurs !

Quand les décideurs européens verront-ils que la Culture pourrait être leur Silicon Valley ? »

Alors il est fondamental que l’Union et ses États membres comprennent que la Culture, les créateurs et les entreprises qui dépendent de la créativité représentent un secteur d’avenir, créateur d’emplois pour la plupart de proximité et non délocalisables. L’écosystème culturel n’est pas un « fournisseur de contenus » pour d’autres industries, c’est une activité majeure en tant que telle et elle doit être pensée comme telle dans le but de la faire croître dans la compétition économique mondiale. Mais il y a plus. Comme les États-Unis, l’Europe est source d’inspiration pour beaucoup d’États à travers le monde mais aussi un terrain de jeu très tentant pour les lobbys de toute nature. Cela crée une grande responsabilité pour ceux en Europe qui ont en charge les politiques ayant un impact sur la Culture. On regrette ainsi l’installation progressive d’une vision déformée des industries culturelles, soupçonnées de créer des « obstacles », d’être plus tournées vers le passé que vers le futur ou de ne pas avoir l’esprit conquérant. Comment penser cela de l’écosystème qui produit Adele, David Guetta ou Pedro Almodóvar ? Quand les décideurs européens verront-ils que la Culture pourrait être leur Silicon Valley ? Quand se demandera-t-on comment continuer à faire des entreprises culturelles et des créateurs européens des champions mondiaux plutôt que de les affaiblir et de les diviser au profit justement de cette Silicon Valley… Bien réelle mais pas européenne… 

Je ne voudrais pourtant pas rester sur une impression que tout irait mal. On voit des signes positifs comme la préservation du système de copie privée ou bien la reconnaissance que le transfert de valeur est une question sérieuse qui doit être prise en compte. C’est un point où l’Union peut à nouveau montrer le chemin. Espérons que les attentes ne seront pas déçues !


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Éric Baptiste


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Fiche n° 376, créée le 23/10/2013 à 22:10 - MàJ le 02/06/2021 à 11:02