« Qobuz est désormais dans une situation d’autonomie financière » (Georges Fornay)
Qobuz
Plateforme de streaming et de téléchargement musical proposant de la haute qualité sonore• Créée en 2007 par Yves Riesel et Alexandre Leforestier.• Reprise par la société Xandrie (éditrice de la…
annonce une « trajectoire vers la rentabilité », avec un cash flow positif (13 M€), une dette apurée et un « breakeven
Point de rentabilité
EBITDA
Earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement)
IFRS
International Financial Reporting Standards
atteint » pour l’exercice 2025 (clôturé le 31/03/2026), le 16/06/2026. « Pour l’exercice en cours, nous visons environ 100 M€ de chiffre d’affaires et un résultat net positif autour de 3 M€ », ajoute Georges Fornay
Directeur général délégué @ Qobuz
, directeur général délégué de Qobuz, dans un entretien à News Tank le 16/06/2026.
« Cela nous place dans une situation d’autonomie financière. Nous n’avons plus besoin de solliciter des banques ou d’envisager une introduction en bourse pour financer notre développement. L’entreprise est capable de financer sa croissance par ses propres moyens. (…) Nous démontrons qu’il est possible de construire une plateforme rentable tout en restant positionnée sur une niche. (…) Pendant longtemps, très peu de personnes croyaient réellement à la possibilité de construire un acteur indépendant du streaming musical face à des géants comme Apple, Amazon ou Spotify. Nous avons souvent eu le sentiment d’être regardés comme des outsiders, voire comme des idéalistes. Aujourd’hui, le fait d’avoir atteint l’équilibre, d’être devenu un acteur international et de rester une entreprise française indépendante constitue déjà une forme de validation du chemin parcouru », complète-t-il.
Il revient sur l’internationalisation de Qobuz, qui lui a permis de ne plus dépendre d’un seul marché, et sur le développement de cette activité, notamment en Asie. « La Chine est devenue un marché extrêmement important. Elle vient même de dépasser le Royaume-Uni en termes de revenus du streaming musical. (…) Mais pour pénétrer ce marché, il faut généralement s’appuyer sur un partenaire local détenant la majorité du capital, souvent à hauteur de 51 %. Il faut également obtenir différentes autorisations administratives, notamment une licence télécom et une licence délivrée par le ministère de la Culture », indique-t-il.
Georges Fornay répond aux questions de News Tank.
Qobuz annonce une croissance de 45 % en 2025, nettement supérieure à celle du marché du streaming musical payant dans le monde (+8,8 %). Comment expliquez-vous cette surperformance ?
Cette surperformance n’est pas totalement nouvelle. Depuis plusieurs années, Qobuz croît plus vite que le marché, mais il est vrai que le phénomène s’est accéléré en 2025. Plusieurs facteurs l’expliquent. D’abord, notre discours sur la rémunération des artistes a trouvé un écho particulier, notamment aux États-Unis. Des influenceurs ont relayé cette prise de position, ce qui nous a permis d’être perçus comme une entreprise plus éthique que certains acteurs du marché. Cette visibilité supplémentaire a généré de nombreux essais gratuits, qui se sont ensuite convertis en abonnements payants.
Notre discours sur la rémunération des artistes a trouvé un écho particulierNous avons notamment constaté que cette dynamique touchait une population plus jeune que notre cœur de cible historique. Le mouvement a démarré aux États-Unis, s’est ensuite propagé dans les pays anglo-saxons, puis en Europe. Par ailleurs, nous avons bénéficié d’événements plus ponctuels. Au Canada, par exemple, certaines déclarations de Donald Trump évoquant une possible annexion du pays ont suscité un contexte particulier. Comme nous disposons d’un actionnaire québécois important, qui venait notamment de racheter un réseau d’affichage, nous avons lancé une campagne mettant en avant nos liens avec le Canada. Cela nous a donné une forte visibilité locale et a accéléré notre développement sur ce marché, qui est devenu notre cinquième pays en importance à fin mars.
Enfin, nous avons beaucoup travaillé sur le produit lui-même. L’un des développements majeurs a été Qobuz Connect. Jusqu’alors, les utilisateurs équipés de certains matériels Hi-Fi devaient souvent passer par les applications développées par les fabricants. Or, ces applications ne permettaient pas toujours d’accéder à l’intégralité de l’expérience Qobuz : éditorial, playlists, contenus spécialisés, etc. Avec Qobuz Connect, l’expérience Qobuz devient homogène partout. Les utilisateurs ont accès à l’ensemble des fonctionnalités, quel que soit le matériel utilisé. Cela a amélioré de façon significative la satisfaction client. Au final, c’est donc une combinaison entre amélioration produit, meilleure expérience utilisateur, visibilité accrue et contexte favorable dans certains marchés qui explique cette accélération.
Vous annoncez désormais un EBITDA positif, un cash-flow positif et l’équilibre opérationnel. Quel est le sens de cette étape pour Qobuz ?
C’est une étape majeure. Nous sommes désormais à l’équilibre sur le plan opérationnel. Et pour l’exercice en cours, nous visons environ 100 M€ de chiffre d’affaires et un résultat net positif autour de 3 M€. Ce qui est particulièrement intéressant dans notre modèle, c’est la récurrence des revenus. Près de 50 % des abonnements sont payés annuellement à l’avance, ce qui génère un besoin en fonds de roulement négatif et contribue fortement à la génération de cash.
Près de 50 % des abonnements sont payés annuellement à l’avanceAujourd’hui, nous n’avons plus de dette. Les emprunts que nous avions ont été remboursés. Cela nous place dans une situation d’autonomie financière. Nous n’avons plus besoin de solliciter des banques ou d’envisager une introduction en bourse pour financer notre développement. L’entreprise est capable de financer sa croissance par ses propres moyens. Nous avons désormais franchi le point mort. Les principaux investissements technologiques ont été réalisés. Cela signifie que notre structure de coûts fixes n’a plus besoin d’augmenter fortement pour accompagner la croissance. Je rappelle qu’en 2019, Qobuz réalisait environ 13 M€ de chiffre d’affaires tout en enregistrant 10 M€ de pertes. À cette époque, nous avons levé environ 25 M€ afin de relancer l’entreprise.
Cette rentabilité valide-t-elle le modèle d’une plateforme spécialisée ?
Absolument. Nous démontrons qu’il est possible de construire une plateforme rentable tout en restant positionnée sur une niche. Notre stratégie repose sur plusieurs éléments : une gestion extrêmement rigoureuse, une forte différenciation autour de la qualité sonore, une expérience éditoriale unique, une clientèle spécifique et engagée, et une expansion internationale ciblée. À ce titre, en 2019, la France représentait environ 63 % du chiffre d’affaires. Aujourd’hui, elle ne pèse plus que 19 %. Notre premier marché est désormais de très loin les États-Unis. L’internationalisation a été l’un des principaux leviers de notre redressement.
Pendant longtemps, très peu de personnes croyaient réellement à la possibilité de construire un acteur indépendant du streaming musical face à des géants comme Apple, Amazon ou Spotify. Nous avons souvent eu le sentiment d’être regardés comme des outsiders, voire comme des idéalistes. Aujourd’hui, le fait d’avoir atteint l’équilibre, d’être devenu un acteur international et de rester une entreprise française indépendante constitue déjà une forme de validation du chemin parcouru.
Quels sont désormais les principaux axes de développement de Qobuz ?
L’international reste une priorité. Nous analysons les marchés où les consommateurs sont prêts à payer pour la musique. Par exemple, l’Afrique et une partie du Moyen-Orient reposent encore largement sur des modèles financés par la publicité. Ce n’est donc pas une priorité immédiate pour nous. En revanche, plusieurs régions présentent un fort potentiel, l’Asie notamment. Le Japon constitue notre première implantation importante dans la région. À terme, il faudra renforcer notre présence asiatique, y compris en Chine si les conditions deviennent favorables.
Et puis il y a aussi l’Amérique latine. Nous sommes déjà présents en Argentine, au Chili et en Colombie. Le Brésil et le Mexique apparaissent comme des marchés particulièrement dynamiques. Enfin, nous regardons l’Europe de l’Est. Nous ne sommes pas encore implantés dans plusieurs pays de la région qui affichent pourtant des taux de croissance intéressants.
Vous évoquiez déjà la Chine, devenue le 4e marché mondial en 2025 selon l'IFPI International Federation of the Phonographic Industry , dans un entretien à News Tank en octobre 2024. Pourquoi reste-t-elle un marché difficile à pénétrer ?
La Chine est dominée par Tencent, qui dispose d’une position extrêmement forte. Tencent est à la fois une plateforme de streaming, un détenteur de droits et un partenaire des labels. Cela rend l’entrée sur le marché particulièrement complexe.
La Chine est dominée par Tencent, qui dispose d’une position extrêmement forteEt puis, pour pénétrer ce marché, il faut généralement s’appuyer sur un partenaire local détenant la majorité du capital, souvent à hauteur de 51 %. Il faut également obtenir différentes autorisations administratives, notamment une licence télécom et une licence délivrée par le ministère de la Culture. Ce sont ces contraintes qui compliquent l’arrivée de nombreux acteurs étrangers. D’ailleurs, peu de plateformes internationales ont réellement réussi à s’imposer en Chine. Le marché reste très fermé et dominé par des acteurs locaux extrêmement puissants.
Pour autant, la Chine est devenue un marché extrêmement important. Elle vient même de dépasser le Royaume-Uni en termes de revenus du streaming musical. Ce qui est assez remarquable, c’est la transformation qu’a connue ce pays. En l’espace de six ou sept ans, un cadre réglementaire s’est progressivement mis en place. Les licences ont été instaurées, les usages ont évolué et le marché s’est structuré très rapidement autour du modèle payant. Aujourd’hui, même si le revenu moyen par utilisateur reste relativement faible comparé aux standards occidentaux, le volume de consommateurs est tel que cela génère des revenus importants.
Prenons l’exemple de Tencent Music : l’entreprise indiquait récemment compter environ 20 millions d’abonnés premium payant autour de 5 $ (4,35 €) par mois. Si cette base continue de progresser, atteindre 50 millions d’abonnés premium dans quelques années paraît tout à fait envisageable. À cette échelle, les montants deviennent extrêmement significatifs. Pour nous, cela confirme surtout l’existence d’une clientèle de niche qui correspond à notre positionnement.
Comment voyez-vous évoluer le marché du streaming musical, qui commence à montrer des signes de stagnation dans certains pays ?
Nous restons très optimistes. Le marché continue de croître à la fois en valeur et en volume. L’année dernière, on comptait environ 837 millions d’abonnés payants au streaming musical dans le monde, contre environ 417 millions cinq ans plus tôt. Même si certains marchés matures comme les États-Unis montrent en effet des signes de ralentissement, la croissance mondiale demeure très solide.
Notre ambition est d’atteindre rapidement 150 à 200 M€ de CA, en maintenant la rentabilitéLes prévisions de Goldman Sachs anticipent un marché dépassant 40 Md$ (34,7 Md€) à l’horizon 2030, avec environ 1,3 milliard d’abonnés payants. Cette dynamique nous offre une visibilité importante. Notre objectif est de continuer à aller chercher la croissance là où elle se trouve et de réduire progressivement notre dépendance à un marché unique. La France ne représente plus que 19 % de notre activité, et nous aimerions à terme nous rapprocher des 10 %. Notre ambition est de construire une belle entreprise française de taille intermédiaire, indépendante, rentable et durable. Nous ne sommes pas dans une logique de croissance à tout prix financée par des levées de fonds massives. Notre ambition est d’atteindre rapidement 150 à 200 M€ de chiffre d’affaires, tout en maintenant la rentabilité et la génération de cash.
Combien de personnes employez-vous chez Qobuz ?
Nous comptons actuellement 98 salariés. En intégrant les prestataires qui travaillent principalement pour nous, l’effectif global atteint environ 130 personnes. Nous avons beaucoup travaillé sur la qualité de vie au travail. Aujourd’hui, l’ancienneté moyenne atteint 5,7 ans et notre turnover est très faible. En 2019, le turnover atteignait environ 27 %. La situation a radicalement changé. Cela se reflète également sur Glassdoor, où notre note est passée de 2,7 à 4,6 sur 5.
Parcours
Directeur général délégué
Directeur non-exécutif
Directeur associé et copropriétaire
Président et secrétaire général
Vice-président Europe
Directeur général France
Directeur général France
Fiche n° 46040, créée le 12/05/2022 à 13:52 - MàJ le 09/06/2026 à 09:26
Qobuz
Plateforme de streaming et de téléchargement musical proposant de la haute qualité sonore
• Créée en 2007 par Yves Riesel et Alexandre Leforestier.
• Reprise par la société Xandrie (éditrice de la plateforme de biens cultuels en ligne Allbrary) en décembre 2015.
• Ne propose pas de streaming gratuit financé par la publicité.
• Première à proposer un abonnement de streaming en « vraie qualité CD » en 2011.
• Présente dans 26 pays en Europe, Amérique du Nord, Amérique Latine, Océanie et Asie
• Catalogue : « plus de 100 millions » de titres
• P-DG : Denis Thébaud
• Directeur général délégué : Georges Fornay
• Contact : Laurène Richardi, relations presse
• Tél. : 06 08 71 39 41
Catégorie : Diffusion
Adresse du siège
45 Rue Delizy93692 Pantin Cedex France
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Fiche n° 689, créée le 24/10/2013 à 02:02 - MàJ le 07/07/2026 à 11:02

