« Donner accès à des propositions artistiques malgré notre ancrage rural » (F. Delamare, Phare à Lucioles)

News Tank Culture - Paris - Interview n°433721 - Publié le
- +
©  D.R.
Félix Delamare - ©  D.R.

« Nous sommes une compagnie-lieu, qui émane de ce qui était au départ une compagnie artistique, le Phare à Lucioles, créée en 2005 par le musicien, compositeur et artiste sonore Loïc Guénin […] En 2018, ce dernier a arrêté son activité de professeur de musique et déposé un dossier pour obtenir un lieu. C’est ainsi qu’a été créé Le Milieu, implanté dans une ancienne école à Sault (Vaucluse) […] Nous y proposons à la fois les créations portées par la compagnie et accueillons des concerts, du cinéma, des résidences d’artistes, en nous tournant résolument vers le public et la relation avec les habitants de Sault », déclare Félix Delamare, responsable communication et action culturelle du Phare à Lucioles à Sault, à News Tank le 18/03/2026.

« Puisque l’équipement s’appelle Le Milieu, nous proposons un événement tous les 15 du mois. […] Quasiment les 3/4 de notre audience viennent de Sault ou des alentours. Il s’agit d’une “clientèle” très locale, ce qui a été rendu possible par le travail de programmation, mais aussi par nos ateliers visant à pousser les gens à la curiosité. Nous avons une offre très éclectique et invitons des musiciens et musiciennes susceptibles de proposer des choses assez originales. Les gens viennent, y compris sur des propositions qu’ils ne connaissent pas, parce qu’ils ont confiance en nous, en la qualité de la programmation. Nous accueillons aussi bien des bergers, que des maraîchères ou des artisans », ajoute-t-il.

« Depuis septembre 2025 et le lancement de la nouvelle saison, nous avons choisi de proposer une tarification consciente […] Sault est un petit village de 1 300 habitants. Du fait de notre ancrage rural, il nous paraissait important de donner accès à des propositions artistiques, cette population pouvant difficilement en profiter autrement. Il s’agit d’un choix artistique mais aussi politique, puisque nous sommes au départ une compagnie qui s’est mise à investir une part de ses recettes propres dans la diffusion », précise Félix Delamare.

Offre culturelle en territoire rural, mobilisation du public, tarification consciente, pratiques de médiation ou ambitions en matière de cohésion sociale, Félix Delamare répond aux questions de News Tank.


Qu’est-ce que Le Milieu, inauguré en septembre 2024, et dans quel paysage s’implante-t-il ?

Nous sommes une compagnie-lieu, qui émane de ce qui était au départ une compagnie artistique, le Phare à Lucioles. Cette dernière a été créée en 2005 par le musicien, compositeur et artiste sonore Loïc Guénin. Il s’est grandement impliqué dans la vie culturelle de la région, en tant que professeur de musique au collège de Sault. Il a d’abord monté un festival baptisé Sons dessus de Sault. Puis, en 2018, il a arrêté son activité de professeur et déposé un dossier pour obtenir un lieu.

Nous tourner vers le public et la relation avec les habitants

C’est ainsi qu’a été créé Le Milieu, implanté dans une ancienne école. Une grande période de travaux s’est déroulée de 2018 à 2024 pour transformer le bâtiment en lieu culturel. Nous y proposons à la fois les créations portées par la compagnie et accueillons des concerts, du cinéma, des résidences d’artistes, tout en nous tournant résolument vers le public et la relation avec les habitants de Sault. Puisque l’équipement s’appelle Le Milieu, nous proposons un événement tous les 15 du mois. Cette programmation peut se déployer en intérieur, notamment d’octobre à mai (avec 80 places assises), mais aussi en extérieur, dans l’ancienne cour du collège en été (avec 500 à 800 places).

Comment parvient-on à programmer des artistes, y compris internationaux, et à disposer d’une programmation ambitieuse et qui affiche complet dans un village abritant pourtant moins de 2 000 habitants ?

Quand Loïc Guénin était professeur de musique au collège, il a mis en place des classes aménagées autour des arts, du spectacle vivant. Cela a drainé beaucoup de nouveaux élèves. Une ligne de bus a même été ouverte pour faire monter les enfants habitant la plaine dans le village, qui est situé sur les hauteurs. Le cursus a énormément développé l’établissement, avec 100 à 120 élèves supplémentaires. Loïc Guénin était donc une figure repérée localement, car connu des parents et des élèves. Il proposait aussi énormément d’ateliers de médiation, des résidences au sein du collège. Au départ, Le Phare à Lucioles a été créé parce qu’il était difficile d’obtenir les financements nécessaires pour faire venir des artistes afin qu’ils interviennent auprès des élèves.

Quasiment ¾ de notre audience vient de Sault ou des alentours

Quand Loïc Guénin a démissionné de son poste de professeur de musique pour chercher un lieu, le maire craignait que son départ engendre un grand vide dans le village. Or, il existait cet ancien collège pour lequel la commune ne parvenait pas à obtenir de financement afin de le réhabiliter. C’est comme cela qu’est né Le Milieu qui repose sur un partenariat fort avec la commune, puisque sans le soutien du maire, le projet n’aurait pas pu aboutir. Nous sommes également allés chercher des financements auprès de l’État et avons été soutenus par le Département et la Région.

Le bâtiment du Milieu à Sault - ©  D.R.
Notre action découle donc d’un travail de longue haleine puisque cela fait vingt ans que nous travaillons au quotidien sur le territoire. Quasiment les 3/4 de notre audience viennent de Sault ou des alentours. Il s’agit d’une « clientèle » très locale, ce qui a été rendu possible par le travail de programmation, mais aussi par nos ateliers visant à pousser les gens à la curiosité. Nous avons une offre très éclectique et invitons des musiciens et musiciennes susceptibles de proposer des choses assez originales. Les gens viennent, y compris sur des propositions qu’ils ne connaissent pas, parce qu’ils ont confiance en nous, en la qualité de la programmation. Nous accueillons aussi bien des bergers, que des maraîchères ou des artisans.

Vous avez instauré des tarifs reposant sur un système de prix conscient. Pourquoi ce choix et s’avère-t-il payant ?

Sur la première saison qui a débuté en septembre 2024, nous proposions un tarif unique à 12 €. Depuis septembre 2025 et le lancement de la nouvelle saison, nous avons choisi de proposer une tarification consciente. Le public peut choisir et régler ses places 5, 12 ou 20 € sans qu’aucun justificatif ne soit nécessaire. Chacun dépense ce qu’il veut et/ou ce qu’il peut au regard de sa situation. Évidemment, ce type de tarification ne permet pas de couvrir tous les frais de diffusion. Un spectacle sans soutien coûterait plutôt 100 € par ticket. Nous sommes toutefois soutenus par ailleurs.

Des propositions artistiques pour une population pouvant difficilement en profiter autrement

Sault est un petit village de 1 300 habitants. Du fait de notre ancrage rural, il nous paraissait important de donner accès à des propositions artistiques, cette population pouvant difficilement en profiter autrement. C’est un choix artistique mais aussi politique, puisque nous sommes au départ une compagnie qui s’est mise à investir une part de nos recettes propres dans la diffusion.

Le tarif conscient a aussi du sens parce que la billetterie n’est, de toute manière, pas une manne financière pour nous. Ouvrir le plus largement possible notre offre est donc important. C’est un choix de la compagnie et de sa direction artistique, puisque jusqu’à présent pour le lieu, nous n’avions pas d’aides directes, notre conventionnement DRAC Direction régionale des affaires culturelles portant sur la compagnie et la création. Cela commence juste, avec des aides au projet permettant un soutien sur la diffusion.

Quelles sont les modalités pour les résidences artistiques ?

Nous accueillons des résidences d’artistes, d’écriture et de création. Nous lançons chaque année un appel à candidatures, qui, en 2026, se clôturera fin mars. Nous recevons environ 300 candidatures chaque année. À noter que le lieu dont nous disposons fait 600 m2 et comprend quatre plateaux de travail et sept chambres au total pour accueillir des personnes en résidence solo ou en groupes pendant cinq à 20 jours.

Conditionner la résidence à la proposition d’un atelier de médiation

Nous proposons aussi des résidences « famille » qui permettent aux artistes de venir avec leur enfant et un parent ou une nounou. Nous proposons, dans ce cadre, des partenariats avec la crèche et les écoles pour assurer la continuité de la garde des enfants. Ces résidences sont aussi rémunérées par une bourse à hauteur de 80 € bruts par jour et par artiste. Cette année, nous avons eu 11 temps de résidence sur la saison.

Si nous ne proposons pas de sortie de résidence, nous les conditionnons par contre à la mise au point d’un atelier de médiation. Par exemple, récemment, la troupe de théâtre la Compagnie Frères a assuré un atelier intergénérationnel à l’Ehpad Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes et à l’école de Sault, axé autour des gestes, du souvenir.

Au-delà des spectacles et des projections, comment Le Milieu s’est-il ancré localement, notamment à travers la construction de projets en lien avec les commerçants du village ?

Pendant le Covid, nous avons lancé un projet, « Les pastilles sonores », alors que nous poursuivions nos résidences sans toutefois pouvoir proposer de spectacles ou entretenir des liens de proximité avec les artistes. Les commerces, eux, pouvaient ouvrir ce qui nous a poussés à trouver un moyen de garder du lien entre l’artistique et la vie qui se poursuivait dans le village. Ces pastilles sont des invitations à un artiste, réalisant une résidence ou venant jouer au Milieu, à passer un peu de temps chez un commerçant (caviste, producteur, maraîcher boulanger, etc.).

Une nouvelle manière de découvrir le village

L’objectif, à l’issue de cet échange est d’aboutir, non pas à une musique d’ambiance du lieu, mais à une pièce sonore qui raconte la rencontre entre l’artiste et le commerçant. L’artiste dispose donc d’une carte blanche pour développer sa pastille, qui peut aller de la musique expérimentale, à la pop, en passant par la chanson. Nous créons ensuite un QR Quick Response code imprimé sur une plaque en céramique réalisée par un artisan implanté à côté de Sault. Ces plaques sont appliquées devant les commerces correspondants et peuvent être consultées via une application que nous avons également créée.

Un atelier de médiation du Phare à lucioles - ©  D.R.

Plusieurs parcours permettent aujourd’hui d’aller de commerce en commerce pour écouter ces pièces sonores. Il s’agit d’une nouvelle manière de découvrir le village, les artistes, mais aussi de créer du lien avec les commerçants. Nous sommes de surcroît soutenus par l’office de tourisme du village qui distribue une carte physique de ces pastilles.

C’est le Phare à Lucioles qui passe commande auprès des artistes qui sont ensuite rémunérés via une note de droits d’auteur alignée sur les barèmes de la Sacem Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique . Nous en sommes aujourd’hui à plus de 50 pastilles sonores et sommes désormais sollicités pour en produire ailleurs. Nous voulons continuer à développer ce projet, à lui donner de nouvelles formes et pourquoi pas l’exporter.

Comment un site comme celui-ci peut-il être vecteur de cohésion sociale ?

Un lieu culturel dans une zone rurale comme la nôtre peut faire peur. Nous avons des gens qui se fédèrent autour du lieu, qui en parlent autour d’eux et le défendent, comme des détracteurs qui ne comprennent pas l’accompagnement qui nous est octroyé. C’est le cas sur l’ensemble du territoire français et on peut le comprendre. Il nous faut accomplir un travail d’échange, expliquer les choses. Ces lieux sont importants et peuvent avoir un véritable pouvoir de cohésion. C’est un travail que nous effectuons au jour le jour, en acceptant aussi les paroles allant à contre-courant de notre activité. Nous nous efforçons de ne jamais être dans le conflit, de toujours trouver un terrain où l’on peut se comprendre et de faire des visites ou de l’action culturelle hors les murs en lien avec le réseau associatif du territoire (école, collège, Ehpad, etc.).

Nos portes sont ouvertes

Sur des territoires comme celui-ci, nous ne pouvons pas nous contenter des réseaux sociaux, du canal digital. Il est important et nous l’utilisons, mais il ne peut pas suffire. Nous devons être sur le terrain, parler avec les locaux, poser des affiches et des flyers. Cela nous permet aussi d’expliquer le fonctionnement d’un lieu qui peut être assez nébuleux pour des gens qui ne travaillent pas dans la culture. Nous sommes très transparents pour éviter les préjugés ou les « on-dit » susceptibles de créer des réticences chez le public. C’est aussi pour cela que nous disposons d’un accueil et sommes tous habilités à assurer une visite inopinée du lieu si l’on nous en fait la demande. Nos portes sont ouvertes.

Félix Delamare

Parcours

Le Phare à Lucioles / Le Milieu
Responsable communication et action culturelle
Indépendant
Rédacteur
Le Phare à Lucioles / Le Milieu
Chargé de communication
Inspearit
Chargé de marketing digital

Fiche n° 56083, créée le 16/03/2026 à 16:22 - MàJ le 17/03/2026 à 18:38

Le Phare à Lucioles / Le Milieu

Compagnie-lieu du compositeur, musicien et artiste sonore Loïc Guénin, dédiée aux arts du sonore et aux écritures contemporaines, créée en 2005.

Conventionnée par le ministère de la Culture (Direction Régionale des Affaires Culturelles de Provence-Alpes-Côte d’Azur)

• Missions : la compagnie porte, diffuse et produit ses propres projets de création à l’échelle internationale et déploie une action forte et pérenne sur son territoire rural et isolé du Mont Ventoux depuis son lieu Le Milieu, qui a ouvert au public en 2024.

• Président : Emmanuel Faucher

• Direction générale et artistique : Lo Guénin

• Direction de production : Fany Ridel

• Direction technique : Thierry Llorens

• Contact : Félix Delamare, responsable de la communication et de l’action culturelle

• Tél. : 04 90 70 61 09


Catégorie : Divers Privé


Adresse du siège

1 Place des Martyrs d’Izon
84390 Sault France


Fiche n° 17233, créée le 16/03/2026 à 16:30 - MàJ le 17/03/2026 à 16:33

©  D.R.
Félix Delamare - ©  D.R.