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« Continuer à émerveiller et interroger les visiteurs, tout en étant éco-responsable » (Bruno Girveau)

News Tank Culture - Paris - Interview n°266266 - Publié le 12/10/2022 à 09:00
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86 000 personnes ont visité l’exposition « La Forêt Magique », organisée au Palais des Beaux-Arts de Lille • Inauguration : 06/03/1892 • Superficie : 22 000 m² • Fréquentation : - 169 965 visiteurs en 2021 (+60,3 %)- 106 005 visiteurs en 2020- 297 610 visiteurs en 2019 • Direction : Bruno Girveau… (Nord), en coproduction avec la Réunion des Musées Nationaux - Grand Palais • Établissement culturel public, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication, né en 2011 de la fusion de la Réunion des musées nationaux et du Grand… , du 13/05 au 19/09/2022, soit une fréquentation journalière moyenne de 843 visiteurs. Elle a connu des pics de fréquentation lors de la Nuit des musées (3 500 personnes), la nocturne des étudiants (1 200 personnes) et la nocturne de clôture (1 600 personnes). L’exposition proposait de « découvrir le regard singulier des artistes sur l’arbre et la forêt ».

« C’est un très bon résultat, en particulier pour une exposition exploitée pendant l’été. 26 % de nos visiteurs ont moins de 29 ans. Nous avons eu 56 % de primo-visiteurs, un résultat important pour un musée de région et qui se confirme lors de tous nos événements et dans la fréquentation globale du musée. L’exposition a eu un fort rayonnement, avec 33 % de visiteurs issus de l’étranger et d’autres régions de France (au lieu de 20 % en moyenne) », indique Bruno Girveau, directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille et commissaire de l’exposition, à News Tank le 12/10/2022.

« Les expositions sont des laboratoires qui nous permettent d’avancer. “La Forêt Magique” est à l’image de ce que les musées, et plus largement la culture, doivent essayer de faire à l’avenir. La marge de progression des émissions des musées réside dans la gestion du bâtiment, dans les questions de conservation préventive ou des standards de température. Cela suppose un certain nombre de révolutions de pensée : il faut en faire une opportunité. Le futur éco-responsable doit être enthousiasmant, pas seulement fait de contraintes et de catastrophismes », ajoute Bruno Girveau, qui répond aux questions de News Tank.


Qu’est-ce qui a motivé la réalisation de l’exposition « La Forêt Magique » ?

Bruno Girveau - ©  Jean-Marie Dautel - Palais des Beaux-ArtsLille
« La Forêt Magique » s’inscrit dans la 6e saison de Lille3000, qui s’est déroulée du 14/05 au 02/10/2022. Tous les trois ans depuis 2006, Lille3000 propose des saisons culturelles qui animent tout le territoire, sur la métropole lilloise et au-delà. Baptisée « Utopia », cette édition avait pour thème les liens entre l’Homme et le vivant. Nous voulions traiter le sujet de façon différente des autres manifestations de Lille3000, en proposant un équilibre entre arts anciens, modernes et d’autres formes d’expressions.

Vous qualifiez votre exposition « d’à la fois esthétique et militante », comment cela se manifeste-t-il ?

Le défi de cette exposition, comme de toute la saison « Utopia », était de montrer comment nous pouvons, tout en étant vertueux et militants, continuer à faire ce que nous savons faire : enchanter le visiteur, le faire rêver, l’interroger. J’étais impliqué dans l’exposition comme directeur d’établissement mais aussi comme commissaire avec Régis Contentin. En tant que producteur, je devais m’assurer du respect de l'éco-conception et en tant que commissaire, je voulais faire une exposition qui reste spectaculaire et montrer que la forêt est utile mais aussi belle. Nous ne sommes pas seulement là pour évangéliser le visiteur, l’exposition doit rester une proposition avec un propos, une rigueur scientifique et une capacité d'émotion.

Cette exposition est à l’image de ce que les musées doivent faire à l’avenir »

Cette exposition est à l’image de ce que les musées, et plus largement la culture, doivent essayer de faire à l’avenir. Cela suppose un certain nombre de révolutions de pensée : il faut en faire une opportunité.

Des dispositifs de communication ou de médiation spécifiques avaient-ils été mis en œuvre pour favoriser la mobilisation du public ?

Pour « La Forêt Magique », nous avons choisi de communiquer à deux niveaux, tout d’abord dans le parcours visiteur avec six larges panneaux illustrés qui expliquent ce qu’est l'éco-conception, ses objectifs, ses contraintes, le bilan de l’impact environnemental de l’exposition précédente… Dans une perspective plus « militante », nous avons offert un espace de visibilité à Francis Hallé (botaniste, expert des forêts primaires) qui milite pour la recréation d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest sur le pourtour de notre grande rotonde, située dans la cour centrale du musée. Il a pu y faire une synthèse illustrée de son manifeste.

Nous ne nous qualifions pas nous-mêmes de militants : nous avons voulu donner la parole aux experts et militants et hybrider notre discours d’historiens de l’art avec d’autres voix, ici scientifiques. Régis Contentin et moi-même avons fait appel à des botanistes et des écologues, grâce à la direction Nature en ville de la Ville de Lille. Ils ont co-réalisé et rédigé certains cartels, ainsi que le catalogue, en leur donnant une approche plus naturaliste. 40 % des œuvres ont fait l’objet d’un cartel supplémentaire.

Le futur éco-responsable doit être enthousiasmant, pas fait de contraintes et catastrophismes »

Nous travaillons également beaucoup sur l’inclusion : l'éco-conception et le développement durable ne peuvent aller qu’avec plus d’inclusion, c’est-à-dire un élargissement des publics. Nous devons parler au plus grand nombre, y compris ceux qui n’ont pas accès à la culture. Le futur éco-responsable doit être désirable, enthousiasmant et pas seulement fait de contraintes et de catastrophisme.

Pourquoi avoir souhaité mettre en œuvre un type d’exposition mêlant œuvres, sons et odeurs ?

La multi-sensorialité fait partie de nos pistes de recherche sur les expositions depuis plusieurs années, notamment à l’occasion des éditions de l’Open Museum. Il faut que les sujets se prêtent au travail d’ambiance et à la dimension d’expérience mais, même dans une exposition comme « Expérience Goya », d’autres sens que la vue peuvent être mis à contribution pour éprouver l’œuvre. C’est pour cela que nous qualifions certaines de nos expositions d’expériences.

Pour « La Forêt Magique », nous n’avons pas pu ajouter la dimension olfactive pour une raison technique : les diffuseurs d’odeurs de synthèse n’étaient pas satisfaisants. Pour le son, nous avons fait appel au même compositeur que pour « Expérience Goya » : Bruno Letort. La bande originale est composée à partir de cris d’animaux et de bruits de la forêt, selon une dramaturgie qui suit le parcours de l’exposition. Elle était plus inquiétante, mystérieuse dans la forêt hantée et plus joyeuse dans la forêt enchantée. Nous avons également travaillé les jeux de lumière. L’exposition présentait des œuvres d’autres médiums comme le jeu vidéo, le cinéma, le cinéma d’animation, la musique, les clips.

• Lancé en 2014, sous l’impulsion de Bruno Girveau, l’Open Museum vise « au rayonnement des collections permanentes et à l’ouverture sur la culture populaire afin de toucher de nouveaux publics ».
• À chaque printemps, le musée propose une carte blanche à une personnalité ou une discipline inattendue, invitée à dialoguer en toute liberté avec les œuvres et les espaces.
• Les précédentes éditions avaient pour sujets la musique, la BD Bande dessinée , les séries, la cuisine.
• La 8e édition de l’Open Museum débutera le 14/04/2023. Elle sera consacrée à l’art des jeux vidéo.

Vous déclarez avoir réutilisé 65 % de la scénographie de l’exposition « Expérience Goya », comment avez-vous procédé ? Avez-vous été confrontés à des défis en particulier ?

Nous imposons la réutilisation, a minima, de 65 % de la scénographie dans le cahier des charges du scénographe. Nous n’avons plus les mêmes exigences de renouvellement complet de la scénographie, où tout était cassé et refait comme c'était encore le cas il y a quelques années. Nous allons par exemple réutiliser 50 % des 65 % recyclés dans notre prochaine exposition, consacrée au photographe Pierre Dubreuil. Le même scénographe, l’Atelier Maciej Fiszer, a été retenu pour l’appel d’offres de « La Forêt Magique » et « Expérience Goya ». Il a donc eu moins de difficultés à réemployer les différents éléments. D’autres musées font cet exercice, certains par économie avant de le faire par écologie.

L’éco-conception ne concerne pas seulement la scénographie, qui est importante mais représente un tiers des émissions de CO2. Nous devons changer nos façons de faire, à commencer par la question des transports. En préparant suffisamment à l’avance avec les commissaires d’exposition, nous pouvons limiter l’impact carbone du transport des œuvres. Cela suppose de demander en amont au prêteur s’il accepte que le transport se fasse en camion ou de décider de rester en Europe. Pour « La Forêt Magique », nous n’avons aucun transport en avion. Le transport des convoyeurs, plus encore que celui des œuvres, a un fort impact. Lorsque nous faisons une demande, nous proposons aux prêteurs de procéder par visioconférence, par exemple pour le déballage des caisses. Plusieurs prêteurs commencent à l’accepter.

Nous ne parlons d’ailleurs plus seulement d’impact environnemental mais de cycle de vie, ce qui inclura l’origine d’un objet ou d’un élément, sa fabrication, ses matériaux, son impact global sur la planète (océans, biodiversité, etc.) et combien de fois il pourra être utilisé. Tous ces éléments sont complexes à analyser et à mettre en place : une fois que nous avons fixé les objectifs et critères, nous les intégrons à nos habitudes de production.

L’impact des expositions est relativement faible et les gains, vite limités. Nous avons émis 44 tonnes de CO2 pour « Expérience Goya », ce qui représente l’émission moyenne de quatre Français sur une année. La marge de progression des émissions des musées réside surtout dans la gestion du bâtiment, dans les questions de conservation préventive ou de température. Nous avons des standards très exigeants, sur lesquels nous travaillons pour les assouplir tout en préservant l’intégrité des œuvres.

Comment faites-vous face aux coûts supplémentaires qu’implique une exposition éco-conçue ? La réutilisation des éléments permet-elle d’amortir l’investissement de départ ?

La première exposition éco-conçue a un surcoût, de l’ordre de 20 %. Ces calculs ne sont pas encore aboutis : cela peut s’expliquer par le coût des matériaux biosourcés, ceux du recours à des sociétés spécialisées dans le recyclage par exemple. Nous allons faire un calcul lissé sur plusieurs années et expositions, afin d'évaluer véritablement cet impact.

Les calculs de surcoûts ne sont pas encore aboutis »

Aujourd’hui, l'éco-conception reste un surcoût, qui impose de rogner sur d’autres dépenses pour intégrer celle-ci. La réduction du nombre d'œuvres et de leurs coûts de transport permet de faire des gains immédiats, tout comme la réutilisation d'éléments de scénographie ou de dispositifs.

Quelle a été la typologie des publics accueillis ?

Nous avons accueilli 86 000 visiteurs, un très bon résultat, en particulier pour une exposition exploitée pendant l’été. Nous avons 26 % de publics jeunes (moins de 29 ans), une proportion importante. Nous sommes sur un taux de 56 % de primo-visiteurs, important pour un musée de région et qui se confirme lors de tous nos événements et dans la fréquentation globale du musée. Nous avons eu un fort rayonnement, puisque nous sommes à 33 % de visiteurs issus de l’étranger et d’autres régions françaises. C’est au-dessus de nos chiffres habituels (20 %) et peut s’expliquer par le phénomène « Utopia ». Cette typologie correspond bien à ce que le Palais des Beaux-Arts est devenu et montre le succès de notre stratégie de rajeunissement et de fidélisation des publics.

Les expositions sont des laboratoires qui nous permettent d’avancer »

Grâce à nos propositions singulières, notre musée a été identifié par les jeunes. Nous avons aussi travaillé sur les publics familiaux, en dédiant un espace conséquent aux familles et aux enfants dans l’exposition. Il a très bien marché et nous sommes en train d’intégrer ce type d’espace dans les parcours des collections permanentes. Nous allons vers un musée plus bruyant que le souhaiteraient certains habitués mais qui permettra de venir en famille, sans se sentir étrangers au musée. Les expositions, tout comme l’Open Museum, sont des laboratoires qui nous permettent d’avancer. Notre programmation, qui milite pour montrer que d’autres formes d’art ont leur place dans le musée, peut intéresser des publics qui ne vont pas habituellement dans les musées de beaux-arts.

Bruno Girveau


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Parcours

Palais des Beaux-Arts de Lille et Musée de l’Hospice Comtesse
Directeur
Beaux-Arts de Paris (ENSBA)
Chef du département du développement scientifique et culturel

Établissement & diplôme

Paris Sorbonne Université (Paris 4)
Diplôme d'études approfondies d’histoire de l’art
École nationale du patrimoine
Conservateur diplômé

Fiche n° 184, créée le 16/10/2013 à 17:12 - MàJ le 14/05/2018 à 17:50

Palais des Beaux-Arts de Lille

Inauguration : 06/03/1892

Superficie : 22 000 m²

Fréquentation :
- 169 965 visiteurs en 2021 (+60,3 %)
- 106 005 visiteurs en 2020
- 297 610 visiteurs en 2019

• Direction : Bruno Girveau

• Contact : Mathilde Wardavoir, service presse

Tél : 03 20 06 78 18


Catégorie : Musée


Adresse du siège

18 Rue de Valmy
59000 Lille France


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Fiche n° 665, créée le 16/10/2013 à 05:05 - MàJ le 28/01/2022 à 17:13