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« Équilibrer impératif écologique et objectif politique » (Eva Nguyen Binh, Institut français)

News Tank Culture - Paris - Entretien n°241206 - Publié le 04/02/2022 à 13:20 - Mis à jour le 04/05/2022 à 17:08
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Eva Nguyen Binh - ©  D.R.

« La réorganisation annoncée en janvier était en cours de réflexion avant mon arrivée. J’ai pris le temps de la réflexion et de la consultation et j’ai acquis la conviction que cette nouvelle organisation serait une étape à la fois nécessaire et décisive pour l’avenir de l’Institut français • Opérateur du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture pour l’action culturelle extérieure de la France. • Il agit avec l’ensemble du réseau des… dans un contexte où le temps s’est accéléré et où nos concurrents sur la scène internationale sont de plus en plus agiles et puissants », déclare Eva Nguyen Binh Présidente @ Institut français
, présidente de l’Institut français depuis juillet 2021, à News Tank le 04/02/2022. Elle annonce également souhaiter « une révision des procédures administratives de l’IF Institut français afin d’alléger ce qui peut l’être ».

« Le numérique ne remplace par la relation humaine, qui est fondamentale. Mais la crise sanitaire nous a ouvert des voies que nous ne soupçonnions pas et que nous continuerons à explorer. Aujourd’hui, il est envisageable de tenir des réunions avec des partenaires étrangers sans prendre l’avion. Avant la crise, quand bien même nous aurions essayé de le faire, nous n’étions pas outillés pour. Tout le monde se déplaçait, le voyage était une sorte de récompense, de valorisation. Aujourd’hui, d’autres habitudes ont été prises. C’est parfois une vraie opportunité », ajoute-t-elle.

« Il y a un impératif à penser ce que nous faisons à l’aune de la question écologique et j’en ferai un de mes axes transversaux prioritaires. Je crois d’ailleurs que nous pouvons être prescripteur. Mais nous partons de quasiment zéro et il s’agit d’un sujet très complexe. L’enjeu est de réussir à équilibrer cet impératif écologique avec notre objectif politique et humaniste qui est que nous avons besoin de dialogue avec les autres pays, de dialogue interculturel, sans doute encore davantage alors que la situation internationale est aussi tendue dans beaucoup d’endroits », indique encore Eva Nguyen Binh, qui a crée un comité de gouvernance RSE Responsabilité sociale et environnementale qui se penchera également sur les questions d'égalité femme-homme et de diversité.

Enjeux et objectifs de la réorganisation de l’IF, budget, modalités de soutien à la création, circulation internationale des artistes dans un contexte de pandémie et de crise écologique, rôle du comité de gouvernance RSE, actions menées dans le cadre de la PFUE Présidence française de l’Union Européenne et projet de déménagement de l’IF, Eva Nguyen Binh répond aux questions de News Tank.


Vous avez pris la présidence de l’Institut français en juillet dernier. Qu’est-ce qui vous y a conduit ?

Diplomate depuis 1994, j’ai vraiment trouvé ma voie dans la filière culturelle et j’agis dans le champ de la coopération culturelle internationale, qui me passionne, depuis 2003. Mon parcours, qui m’a amenée dernièrement à être conseillère de coopération et d’action culturelle et directrice de l’Institut français du Vietnam puis ambassadrice de France au Cambodge, est un peu atypique, y compris en raison d’un passage dans le privé chez Michelin qui m’a été très utile. Ayant également travaillé au sein du MEAE Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères , notamment au cabinet de Bernard Kouchner, j’ai suivi de près les transformations qui ont touché l’IF Institut français et le réseau culturel français à l’étranger. Je travaille pour et avec cette institution et ce réseau depuis près de vingt ans.

Mes fonctions au Vietnam m’ont également amenée à expérimenter la conduite du changement puisque j’y ai restructuré l’Institut, pour en particulier améliorer sa visibilité et son autofinancement. J’ai aussi contribué à la transformation des services du ministère traitant de coopération (de la DGCID direction générale de la coopération internationale et du développement (ministère des Affaires étrangères) en DGM Direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats (ministère des Affaires étrangères) ) et à leur déménagement rue de la Convention (Paris 15e). Tout cela m’est utile face aux nombreux chantiers en cours à l’IF et participe sans doute de ce qu’on m’ait proposé cette fonction.

Vous avez mis en place une grande réorganisation de l’Institut français, annoncée le 13/01/2022. Quels en sont les objectifs ?

Tout ce que fait l’IF se fait dans le cadre d’une politique, et j’insiste sur ce mot de politique, culturelle extérieure de la France. L’IF mène des projets qui s’inscrivent dans des priorités de politique culturelle extérieure. La réorganisation annoncée en janvier était en cours de réflexion avant mon arrivée. J’ai pris le temps de la réflexion et de la consultation et j’ai acquis la conviction que cette nouvelle organisation serait une étape à la fois nécessaire et décisive pour l’avenir de l’IF dans un contexte où le temps s’est accéléré et où nos concurrents sur la scène internationale sont de plus en plus agiles et puissants. Cette réorganisation était nécessaire pour bien redonner le cap à l’IF et à ses actions. L’Institut français est le fruit d’une longue histoire et d’évolutions successives, et il fallait lui redonner un cadre clair et clarifier qui fait quoi et comment. Cette réorganisation vise donc à mettre en phase notre organigramme avec nos priorités, en créant notamment des directions dédiées à l’appui au réseau, à la création artistique et aux ICC Industries culturelles et créatives , un pôle évaluation ou encore une politique RSE Responsabilité sociale et environnementale affichée dans l’organigramme.

Une réorganisation pour mettre en phase notre organigramme avec nos priorités »

J’ai procédé à quelques ajustements au projet de réorganisation initial et ai veillé à ce qu’on trouve des solutions pour tout le monde. Cette réorganisation se fait à périmètre constant. C’est important car si la nécessité de cette réorganisation est claire, les changements de cet ordre ne sont jamais simples. La réorganisation ne bouleverse pas la vie de tous les salariés mais il s’agit quand même d’un grand chantier. Qui plus est dans la période que nous traversons avec le Covid, il était capital d’être à l’écoute, dans l’accompagnement, la discussion.

L’IF comptant aujourd’hui 143 ETP Équivalent temps plein (environ 170 personnes), on peut avoir cette attention, ce n’est pas comme si nous étions 5 000. Cette maison, qui fête ses cent ans en 2022 , a une histoire qu’il faut prendre en compte, même si aujourd’hui, 50 % des salariés de l’IF ont moins de cinq ans d’ancienneté. Il fallait donc donner un cap pour l’extérieur, mais aussi pour l’interne et notamment pour les « nouveaux ».

• 1922 : création sous le nom d’Association française d’Expansion et d’Echanges artistiques, avec pour objet le développement des échanges artistiques internationaux et la diffusion de la culture française à l'étranger

• 1923 : reconnue d’utilité publique

• 1935 : devient l’Association française d’action artistique 

• 1999 : absorbe l’association Afrique en créations, chargée de la coopération culturelle avec les pays africains

• 2006 : fusionne avec l’Association pour la diffusion de la pensée française et élargit ses missions au livre, au débat d’idées mais aussi au cinéma. Prend le nom de Culturesfrance

• 2011 :  prend le statut d’EPIC et devient l’Institut français 

• 2022 : 100 ans de l'établissement qui modifie son organisation générale.

J’ai présenté un projet d’établissement aux salariés le 17/01/2022 et élaboré un plan d’action. Je fais d’abord un rappel du cadre puis je fixe le cap jusqu’à 2024, puisque j’ai été nommée pour trois ans renouvelables. Ces orientations, pour certaines assez nouvelles, ont été très bien accueillies.

Les moyens alloués à l’IF pour mener à bien ses missions connaissent-ils une évolution ?

Nos moyens sont confortés. Notre budget global annuel se situe autour de 40 M€, ce qui est stable par rapport aux années précédentes. La subvention du MEAE (pour charge de service public et qui comprend des projets et notre fonctionnement) est d’environ 27,5 M€ depuis 2016 ; celle du MC, qui porte sur des projets, se situe entre 1,7 et 2 M€ sur les cinq dernières années. L’aide du MC étant fléchée sur des projets, elle peut varier d’une année à l’autre en fonction de ces projets.

Ce qui a beaucoup évolué, ce sont les projets financés par des bailleurs, dans le cadre de conventions pluriannuelles, par exemple avec l’Union européenne (18 M€ gérés par l’IF entre 2018 et 2024) ou l’AFD Agence française de développement (9 M€ gérés par l’IF entre 2020 et 2025).

Une révision de nos procédures administratives afin d’alléger ce qui peut l’être »

Aujourd’hui, il nous faut consolider nos procédures et notre organisation pour faire face à tout cela. On nous demande de l’agilité et j’ai la chance d’avoir affaire en interne à des gens passionnés et motivés. Mon rôle est de leur permettre de travailler à leur cœur de mission. C’est pour cela que je souhaite une révision de nos procédures administratives afin d’alléger ce qui peut l’être, tout en restant bien sûr extrêmement rigoureux et conformes à la règlementation. L’idée est aussi de donner une meilleure lisibilité de nos activités. Le nouvel organigramme veut montrer tout ce que nous faisons de manière plus simple et évidente pour tout un chacun.

Au sein de cette nouvelle organisation, quelle sera la place faite au soutien aux artistes ?

Nous allons commencer par revoir nos procédures d’appel à projets, pour les rendre plus harmonieuses et plus lisibles. La charge administrative est lourde pour tous, acteurs professionnels ou réseau, et nous voulons gagner en efficacité. Ce chantier est en cours, ce ne sera pas réglé d’un coup de baguette magique.

L’Institut français intervient sur tout un continuum pour soutenir l’internationalisation des artistes »

Il me semble important de mieux valoriser le fait que l’Institut français intervient sur tout un continuum pour soutenir l’internationalisation des artistes. Ainsi, si nous avons une mission précise de soutien aux artistes émergents, notre soutien aux artistes peut prendre différentes formes. Car la réalité c’est qu’il faut intervenir aux moments-clés de la carrière d’un artiste et en complémentarité avec les opérateurs culturels spécialisés. Pour certains artistes, notre appui va être capital en début de parcours mais plus important en milieu de carrière pour d’autres. Pour des artistes très connus en France, il va être important de les soutenir sur certains territoires en particulier où ils sont inconnus. De plus, le Covid et les restrictions de mobilité qu’il impose touchent les artistes assez différemment et nous faisons le maximum pour nous adapter à cette situation inédite. 

Comment est dotée la direction de la création artistique et des ICC Industries culturelles et créatives  ? De quels dispositifs et de quelle part du budget dispose-t-elle ?

Le soutien aux artistes est présent dans plusieurs des directions qui composent l’IF, pas seulement dans la direction que vous évoquez. Tout l’objet de la réorganisation est de renforcer la transversalité de nos actions au service de nos missions. Ainsi, si la Direction de la création artistique et des industries culturelles est en lien direct avec les artistes, la direction Mobilités et Grands événements intègre notamment les résidences d’artistes, qui sont une autre forme de soutien à la création, mais aussi les Saisons culturelles qui permettent également un grand nombre de projets artistiques. Le soutien aux artistes se retrouve aussi dans la présence de la France dans d’autres grands rendez-vous internationaux (biennales, triennales, représentation nationale dans le domaine culturel, invitations d’honneur, etc.). Mais il faudrait aussi comptabiliser les budgets de l’appui au réseau qui lui-même accompagne les artistes, etc.

Pour répondre précisément, il faut consolider les données à l’aune de l’IF. C’est un chantier que je lance aussi. Mais pour donner une idée, dans notre budget 2022, 11,5 M€ sont prévus pour la promotion et l’accompagnement à l’étranger de la culture française (hors livre, auteurs, crédits complémentaires pour les ICC).

Valoriser l’effet levier de l’Institut français »

Je souhaite aussi valoriser l’effet levier de l’IF. Ainsi avec les collectivités territoriales, nous avons des conventions où pour chaque euro mis par la collectivité, l’IF met un euro. Cela représente chaque année plus de 1 M€ de soutien à des projets artistiques. L’implication de l’IF fait aussi levier sur le mécénat et sur les crédits que met le réseau des Instituts et des Alliances françaises. Nous ne finançons qu’en partie les appels à projets, et le réseau co-finance avec nous.

Enfin, il y a tout ce qui n’est pas chiffrable et pourtant si important : l’expertise, l’accompagnement, le conseil fournis par l’IF, qui est une valeur ajoutée immense mais invisible. Les équipes de l’IF ont une expertise et des réseaux incroyables et nous devons renforcer notre communication en la matière. La légitimité de l’IF passe par la grande compétence de ses équipes.

La circulation internationale des artistes et des œuvres pose de plus en plus question dans le contexte de la pandémie mais aussi de la crise écologique. Quelles sont les orientations de l’IF en la matière ?

Avec la pandémie, beaucoup de choses ont été transformées en version numérique. Lors de la Nuit des Idées (le 27/01/2022) par exemple, chacun s’est adapté à son contexte local, les contraintes n’étant pas les mêmes selon les pays. Il y a donc eu des rendez-vous en physique, des débats en ligne, des événements hybrides, etc. Pour ce qui est de la circulation des artistes, il y a des pays vers lesquels on peut voyager, d’autres pas, et cela change régulièrement. Le numérique est donc un outil formidable pour donner une visibilité aux artistes, aux créations, aux compagnies…

Toutefois, le numérique ne remplace par la relation humaine, qui est fondamentale. Mais la crise nous a ouvert des voies que nous ne soupçonnions pas et que nous continuerons à explorer. Aujourd’hui, il est envisageable de tenir des réunions avec des partenaires étrangers sans prendre l’avion. Avant la crise, quand bien même nous aurions essayé de le faire, nous n’étions pas outillés pour. Tout le monde se déplaçait, le voyage était une sorte de récompense, de valorisation. Aujourd’hui, d’autres habitudes ont été prises. C’est parfois une vraie opportunité que de pouvoir participer à des réunions en distantiel.

Il y a un impératif à penser ce que nous faisons à l’aune de la question écologique »

Par ailleurs, il y a en effet un impératif à penser ce que nous faisons à l’aune de la question écologique et j’en ferai un de mes axes transversaux prioritaires. Je crois d’ailleurs que nous pouvons être prescripteur. Mais nous partons de quasiment zéro et il s’agit d’un sujet très complexe. L’enjeu est de réussir à équilibrer cet impératif écologique avec notre objectif politique et humaniste qui est que nous avons besoin de dialogue avec les autres pays, de dialogue interculturel, sans doute encore davantage alors que la situation internationale est aussi tendue dans beaucoup d’endroits. 

Il nous faut expliquer ce qu’est la France aujourd’hui, montrer qui sont nos artistes, nos talents, et à travers eux ce qu’est la société française. Or tout cela ne peut être fait à distance. Sans compter que la question du coût environnemental du numérique se pose également. C’est pourquoi les choses doivent se penser en termes d’équilibre. Il faut aussi être conscients qu’on ne peut pas demander la même chose à tout les membres du réseau culturel extérieur de la France, certains sont dans des pays en développement, d’autres sont au contraire des marchés très développés et à la pointe sur les questions d’écologie. L’idée n’est évidemment pas d’en mettre certains en difficulté.

J’ai donc commencé à m’entretenir avec des experts et mène une phase de consultation. Au sein même de l’IF, il y a eu des initiatives individuelles, mais qui n’ont pas nécessairement essaimé. Je souhaite aller plus loin et que ce sujet soit celui de tout l’établissement. C’est pourquoi j’ai nommé une référente développement durable qui est directement rattachée à la présidence/direction générale. Mais l’ambition est bien que le sujet soit porté par tous et toutes.

Pour l’IF, la question environnementale doit s’envisager à travers deux axes prioritaires : la mobilité internationale, d’une part, et les événements que nous produisons et soutenons, d’autre part. Concernant les événements culturels, on sait que la plus grande source de pollution provient des déplacements du public. Or on ne peut pas imposer des événements sans public ou dont le public viendrait exclusivement à vélo… Il faut donc forcément une réflexion très globale et, nous concernant, une réflexion à laquelle nous devons associer le réseau. Nous devons échanger pour pouvoir prendre en compte leurs réalités, tout en les accompagnant dans l'évolution de leurs pratiques.

Vous avez mentionné un comité de gouvernance de la RSE. En quoi consiste-t-il ?

Ce comité de gouvernance est une nouveauté. Sa première réunion se tiendra mi-février. Il est constitué, auprès de moi, du directeur général, du secrétaire général, de la DRH Direction des ressources humaines , du pôle évaluation et des référentes développement durable (Agathe Basquin) et égalité H/F Homme/Femme (Maud Grimaud). L’objectif est d’avoir une vision partagée et de donner une dimension transversale à ces sujets puis, avec l’appui du comité de direction, d’agir par cercles concentriques.

Il nous faut aussi une ligne en matière d’égalité homme-femme et de représentation de la diversité »

Ce comité de gouvernance concerne la RSE au sens large, parce qu’il nous faut aussi une ligne en matière d’égalité homme-femme et de représentation de la diversité. Je souhaite que nous parvenions à une feuille de route Égalité H/F. Si 75 % des équipes de l’IF sont féminines, ce qui invite d’ailleurs à recruter des hommes, il faut aussi regarder les fonctions occupées. Avec la réorganisation, les directions sont dirigées par des femmes et des hommes à parité, mais ce n’est pas forcément le cas à d’autres niveaux de la hiérarchie. Enfin, l’égalité doit aussi être une préoccupation au regard des actions que nous menons et des artistes que nous soutenons.

Imaginez-vous par exemple de conditionner vos aides au respect de certains équilibres, comme le MC Ministère de la Culture l’a initié en faveur de la parité dans certains secteurs (cinéma, spectacle vivant) récemment ?

Si des travaux ont déjà été menés en interne, il n’y a pas encore à l’IF de charte ou de plan d’actions. Je vise l’élaboration d’une feuille de route et nous pourrions bien sûr envisager ce genre de modèles. Je suis en contact avec Agnès Saal Haute fonctionnaire à l'égalité, la diversité et la prévention des discriminations auprès du secrétaire général @ Ministère de la Culture • Haute fonctionnaire à la responsabilité sociale des… au MC mais aussi avec le MEAE qui porte une diplomatie féministe. Des choses sont faites à l’IF mais elles ne sont pas formalisées et il nous faut structurer une approche qui concilie l’interne et l’externe. Car on ne peut pas prescrire sur l’externe si on n’est pas soi-même irréprochable en interne. Il en va de même pour le développement durable d’ailleurs.

Je souhaite aussi me saisir de la question de la représentation de la diversité de la société française. J’ai l’intuition que l’IF est plutôt performant pour porter des valeurs et des projets qui affirme ce qu’est notre position face à cette diversité. Mais l’intuition ne suffit pas. C’est pourquoi nous allons renforcer notre évaluation et continuer à avancer, en connaissance de cause.

Vous êtes-vous fixé un calendrier pour ces différents chantiers ?

Pour l’égalité H/F, le comité de gouvernance aura lieu mi-février. J’aimerais que nous aboutissions à la feuille de route d’ici le printemps.

Pour le développement durable, c’est plus complexe car cela soulève des questions très techniques. Il faut d’abord que je trouve le bon modèle à l’issue des consultations que je mène. Je me fixe pour objectif septembre 2022 pour une feuille de route mais nous prendrons certaines mesures avant. J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur certains salariés de l’IF qui sont très mobilisés sur cette question. Aux côtés de la référente, tous ceux et toutes celles qui veulent y travailler participent à un réseau dédié. Je note que ce sont pour beaucoup des personnes qui sont en lien avec le spectacle vivant, la musique, les arts plastiques, avec les créateurs, qui ont une conscience aigüe de ce qui se passe.

La Présidence française du conseil de l’Union européenne a démarré pour six mois. Quel est le rôle imparti à l’Institut français ?

Cette présence s’inscrit dans la ligne annoncée par le Président de la République : relance, puissance, appartenance. Naturellement, l’IF y travaille déjà, particulièrement sur l’axe de l’appartenance, en s’employant à mettre en valeur ce qui fait que nous sommes Européens.

Nous menons régulièrement des projets européens et ce, avant, pendant et après la PFUE Présidence française de l’Union Européenne . Ils constituent bien sûr des éléments porteurs pour cette présidence française. Il y a par exemple l’Erasmus des professionnels de la culture, le programme I-Portunus Publié le 24/04/2019 à 16:40
Le premier appel à candidatures du projet pilote i-Portunus, destiné à soutenir la mobilité des artistes et des professionnels de la culture en Europe, est ouvert jusqu’au 15/05/2019, indique le…
lancé en 2019. Ce programme pilote de mobilité des artistes au sein de l’UE Union européenne et dans les pays voisins, mis en œuvre avec le Goethe Institut et la plateforme Izolyatsia, mérite d’être pérennisé et développé.

Nous tiendrons un Forum des jeunes européens le 12/03/2022 »

Nous menons aussi des actions plus ponctuelles au sein de la PFUE : ainsi la Nuit des Idées 2022 avait une tonalité particulièrement européenne et s’est tenue pour la première fois dans tous les pays de l’UE. Nous tiendrons dans ce cadre un Forum des jeunes européens (déplacé pour des raisons sanitaires au 12/03/2022). Nous faisons venir des jeunes de toute l’Union européenne pour une discussion qui prendra la forme de propositions pour l’avenir de l’UE. Ils ont été sélectionnés en raison de leur engagement sociétal, européen, environnemental, en faveur des droits humains… Ils sont deux par pays de l’UE, avec une stricte parité. Le projet est mené en partenariat avec le Collège de France et l’Institut Jacques Delors.

Il y a aussi les Cafés Europa, série de débats dans les cafés, qui font le sel de la vie intellectuelle européenne depuis des siècles. Ils auront lieu dans chaque pays et en lien avec des écoles de journalisme puisque le thème est la liberté d’expression des médias. Nous avons également lancé un appel à projet, intitulé Créativité européenne, pour des projets culturels et artistiques dans toute l’UE, et projetons une campagne sur le plurilinguisme avec et via le réseau culturel extérieur français et nos partenaires européens.

Nous allons aussi contribuer au déploiement de Micro-Folies dans l’UE Publié le 01/02/2022 à 17:30
« Nous étions à la fois très surpris et très heureux de l’annonce du Président de la République Emmanuel Macron concernant le déploiement des Micro-Folies en Europe lors de la PFUE. Quatre…
ainsi que l’a annoncé Emmanuel Macron. Tout cela avec Didier Fusillier Directeur artistique @ Les Berges de Seine à Paris • Président @ Établissement public du parc et de la grande halle de la Villette (EPPGHV) • Conseiller artistique @ Lille 3000
et ses équipes. Les Micro-Folies devraient être déployées dans 14 nouveaux pays, soit au sein des instituts français soit dans des lieux culturels partenaires, en fonction de la formule la plus adaptée localement.

Enfin, je voudrais souligner le résultat formidable des réalisations faites par les artistes français pour l’aménagement des bâtiments du conseil de l’Europe à Bruxelles. Chaque pays qui a la présidence habille les locaux et ce n’est pas rien. Un jury présidé par Hervé Lemoine Président @ Mobilier national - Manufactures nationales des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie - Ateliers-conservatoires d’Alençon et du Puy-en-Velay
a sélectionné les projets et l’IF a fait tout l’accompagnement et la communication du projet lauréat. Les travaux des artistes sont magnifiques, avec une belle place faite à la jeune création. L’œuvre de data-tissage qui raconte l’histoire de l’Union européenne est magistrale, à la fois riche de sens et très visuelle.

Un déménagement de l’Institut français est en projet. Qu’en est-il ?

Cela fait des années que les tutelles souhaitent que nous déménagions dans des locaux plus adaptés et plus accueillants. Il me semble en effet capital que l’IF soit en capacité de faire entrer plus de visiteurs, de partenaires, d’artistes. Or les locaux actuels ne s’y prêtent pas. Ils ne sont plus non plus en adéquation avec les nouveaux modes de travail, plus conviviaux ou changeants avec la pandémie et le développement du télétravail.

Dès le mois de mai, l’IF déménagera donc dans un espace de co-working qui va nous permettre de tester des méthodes de travail différentes. On ne peut pas penser notre fonctionnement comme si le Covid et le télétravail n’existaient pas, comme si nous n’avions pas appris de cette situation. Ce sera une opportunité de préciser comment on veut travailler, quels espaces on veut, individuels, collectifs, etc.

Une opportunité unique d’aligner nouvel organigramme, projet d’établissement, nouvelles méthodes de travail et immobilier »

Cette période, qui ira jusqu’à début 2023, nous permettra d’ajuster nos projections, de dialoguer sur nos besoins. Aujourd’hui, tout le monde aspire à trouver un équilibre dans l’alternance entre présence au bureau et télétravail. La question est désormais de savoir comment on donne envie aux salariés de venir dans les locaux alors qu’il y a peu ce n’était même pas une question, juste une évidence. Quelle est la plus-value de venir au bureau ? C’est avant tout de se voir, de se parler, d’échanger. Or nos locaux actuels, où chacun est dans son bureau fermé, et sur plusieurs étages, ne le permettent pas vraiment. 

Nous avons là une opportunité unique d’aligner nouvel organigramme, projet d’établissement, nouvelles méthodes de travail et immobilier. Ce projet global arrive au moment des cent ans de l’opérateur culturel et notre rêve est de retrouver une « maison », plus que des bureaux. Rien de tout ça n’est simple mais c’est très porteur.

Nous sommes dans un monde qui bouge, de plus en plus vite. On ne peut pas rester immobile à regarder le monde tourner autour de nous. Même si le changement n’est pas toujours facile, il est nécessaire, et c’est en mettant le dialogue au cœur du processus qu’il peut s’avérer positif.

 

Eva Nguyen Binh


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Parcours

Institut français
Présidente
Royaume du Cambodge
Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française
Ambassade de France au Vietnam
Conseillère de coopération et d’action culturelle, directrice de l’Institut français du Vietnam
Groupe Michelin
Chargée des affaires internationales au sein de la direction des affaires publiques
Ministère de l‘Europe et des Affaires étrangères
Conseillère Asie et Amérique latine

Fiche n° 43755, créée le 02/06/2021 à 15:55 - MàJ le 04/02/2022 à 11:23

Institut français

• Opérateur du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture pour l’action culturelle extérieure de la France.

Il agit avec l’ensemble du réseau des établissements culturels français à l’étranger, composé des Instituts français et des Alliances françaises.

• Il soutient environ 2 000 projets culturels ou artistiques par an.

• 98 Instituts français dans le monde.

• Présidence : Eva Nguyen Binh, depuis le 01/07/2021

• Directeur général délégué : Erol Ok, depuis le 20/01/2020

• Directeur de la communication et du mécénat : Jean-François Guéganno

• Tél : 01 53 69 83 00


Catégorie : Etat


Adresse du siège

8 - 14 Rue du Capitaine Scott
75015 Paris France


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Fiche n° 44, créée le 27/09/2013 à 13:23 - MàJ le 21/07/2022 à 18:07

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