Demandez votre abonnement gratuit d'un mois !

Musées & durabilité : « Expérience Goya », une exposition immersive à la « scénographie durable »

News Tank Culture - Paris - Initiative n°240585 - Publié le 28/01/2022 à 17:20
- +
©  D.R.
©  D.R.

Évoquer « les choix, les partis pris scénographiques, les questionnements, mais aussi les moyens juridiques et budgétaires mis en œuvre pour aboutir à une scénographie durable », tel est l’objet du focus sur l’exposition « Expérience Goya », proposé à l’occasion du workshop « Construire la durabilité de nos musées », au Palais des Beaux-Arts de Lille, le 27/01/2022. Programmée au PBA Palais des Beaux-Arts du 15/10/2021 au 14/02/2022, « Expérience Goya » combine « plus de 80 œuvres originales » et « une expérience immersive, esthétique et sensorielle ». Conçue en co-production avec la RMN-GP Réunion des Musées Nationaux - Grand Palais , il s’agit de la première exposition du musée réalisée dans une démarche éco-responsable.

« L’exposition débute par la visite d’une rotonde de 170 m2 dans laquelle sont présentées 60 œuvres de Goya. Il s’agit d’un premier espace immersif présentant des projections synchronisées et sonores. Cet espace a été construit avec 31 panneaux courbes, auto-stables et modulables, conçus pour pouvoir être démontés et réutilisés. Ce même principe a été retenu pour une partie des ensembles menuisiers de la salle d’exposition, puisque 21 cimaises, ainsi qu’un panneau central et une partie du sas de sortie sont également réutilisables », indique Camille Palopoli, cheffe de projet Expositions temporaires au Palais des Beaux-Arts de Lille.

« Dans la plupart des expositions, à part des demandes très particulières, nous avons un delta de cimaises droites que nous réutilisons. Nous avons donc tout intérêt à réfléchir sur le long terme à ce sujet (…) Nous pouvons enregistrer un coût supérieur lié à la production et un coût de déplacement d’une exposition à l’autre, mais nous arrivons à réaliser une économie substantielle sur la durée d’à peu près 40 % de la valeur de ces éléments », ajoute Maciej Fiszer (Atelier Maciej Fiszer), scénographe de l’exposition.


« Proposer une structure démontable que d’autres pourront se réapproprier » (Maciej Fiszer)

  • « Pour la rotonde qui se trouve dans le forum du musée, la demande était d’avoir un espace permettant une grande projection à 360 degrés et pouvant être réutilisé sur une durée assez longue. Il s’agissait de proposer une structure démontable que d’autres artistes ou scénographes pourront se réapproprier. Les contraintes étaient que l’espace puisse s’intégrer dans l’atrium du musée, qu’il ait une forme relativement neutre et qu’il puisse se transformer, être modulable. Sa géométrie peut donc être modifiée tout en conservant son armature. Cette logique d’éco-conception, et la réflexion qu’elle suppose, sont intervenues dès le départ et permettront de s’adapter aux cahiers des charges des expositions suivantes.
  • Au sein de la salle d’exposition, le projet a évolué. Dès le départ, nous avions l’idée de travailler avec des cimaises modulables. Aujourd’hui, deux écoles sont en train de se former à ce sujet. La première consiste à créer des cimaises qu’on déplace et que l’on peut ré-agencer à souhait. La deuxième consiste à adopter des systèmes constructifs démontables, ce qui permet de réutiliser les panneaux différemment. Dans le cadre de cette exposition, nous avons les deux modèles. Pour les systèmes constructifs permettant la réutilisation des panneaux, nous avons noté avec l’entreprise qu’environ 50 à 60 % des panneaux pourront être réutilisés, car nous n’arrivons pas encore à être complètement vertueux du fait de la complexité des systèmes d’assemblage.
  • Dans la plupart des expositions, hors demandes très particulières, nous avons un delta de cimaises droites que nous réutilisons. Nous avons donc tout intérêt à réfléchir sur le long terme à ce sujet. Si elles sont mal conçues, ces cimaises peuvent être difficiles à manœuvrer. Nous pouvons enregistrer un coût supérieur lié à la production et un coût de déplacement d’une exposition à l’autre, mais nous arrivons à réaliser une économie substantielle sur la durée d’à peu près 40 % de la valeur de ces éléments.

    La question de l’éco-conception implique un dialogue bien en amont »

  • Sur les vitrines, qui étaient assez rares au sein de cette exposition, je m’efforce de limiter au maximum l’utilisation du plexiglas et des PMMA Polyméthacrylate de méthyle, polymère thermoplastique hautement transparent puisqu’il ne s’agit pas de matériaux facilement recyclables, alors que le verre l’est. Les coûts de ces différents matériaux restent relativement similaires, même si nous sommes parfois contraints, pour des questions techniques, d’utiliser du plexiglas. C’est le cas lorsque, du fait des dimensions, le capot risquerait d’être trop lourd. Il s’agit de choix à réaliser lors de la conception de l’exposition et peut-être dès le choix des œuvres. La question de l’éco-conception implique un dialogue bien en amont. »

    Maciej Fiszer

« 20 à 30 % de coûts supplémentaires par rapport à une exposition classique » (Ismène Bouatouch)

  • « Nous avions introduit l’écoconception de manière très générale dans la publication du marché en indiquant que le Palais des Beaux-Arts serait sensible aux propositions destinées à améliorer l’empreinte écologique du projet. En revanche, la question de produire des cimaises réutilisables est venue dans un second temps et a eu un impact réel sur le budget. Une exposition éco-conçue implique 20 à 30 % de coûts supplémentaires par rapport à une scénographie classique. Elle suppose d’avoir recours à des matériaux biosourcés qui sont plus chers. Il faut aussi prendre en compte le facteur temps qui sera consacré à de la réflexion, à la création de modes de construction différents. Par ailleurs, le coût du démontage d’une exposition dont on réutilise les matériaux est supérieur à celui d’une exposition dont les éléments partent en benne. Cela demande un réel investissement au départ qui doit néanmoins être amorti sur le budget des projets suivants.

    Déterminer des critères et des prescriptions qui ne découragent pas les entreprises »

  • Il a été compliqué de déterminer des critères et des prescriptions qui ne découragent pas les entreprises, qui entrent dans le cadre juridique des marchés publics et reflètent de manière juste l’importance accordée à l’éco-conception. Dans le cas d’ “Expérience Goya”, nous étions en retard et ne pouvions pas nous permettre que notre marché soit infructueux. Nous avons donc opté pour des prescriptions assez larges inscrites au sein du CCAP Cahiers des Clauses Administratives Particulières . Nous avons simplement fait la demande d’un bois de provenance française répondant à la norme FSC Forest Stewardship Council /PEFC Programme de reconnaissance des certifications forestières . Nous aurions pu aller plus loin dans nos demandes concernant les autres types de matériaux, mais il s’agissait de notre premier essai, d’où cette idée de se concentrer sur le matériau qui occupait la plus grande part dans cette scénographie : le bois.
  • Notre premier réflexe a été de noter les bonnes pratiques des entreprises (tri des déchets, travaux sur l’économie d’énergie, formation des employés à l’écologie, etc.). Or, nous nous sommes rendu compte que ce genre de critère ne s’inscrivait pas dans le cadre juridique des marchés publics. Ils vont à l’inverse de la libre concurrence et de l’égalité des chances, puisqu’ils impliquent de juger une entreprise sur sa politique globale, or, en fonction de leur taille et de leurs moyens, les entreprises n’ont pas la même marge de manœuvre pour la mise en place des politiques de développement durable. Nous nous sommes rendu compte que nos critères allaient devoir être extrêmement précis et appliqués aux prestations demandées dans le cadre de cette exposition. Ils devaient également trouver leur équilibre dans la notation des offres. Ces critères doivent être importants pour que les entreprises fassent un effort, mais aussi garder une proportion juste par rapport aux autres éléments tout aussi importants (qualité des solutions techniques, des finitions, méthode de travail de l’entreprise, etc.). Nous avons fait le choix de leur attribuer dix points sur les 60 points techniques, soit 17 % de la note.

• 2,5 points sur les qualités environnementales des matériaux,

• 2,5 points sur les qualités environnementales des produits de traitement et de finition,

• 5 points pour la prévention des chutes, le tri et la valorisation des déchets en fin de chantier.

  • Nous avons travaillé avec la société Aténia qui nous a notamment fourni un guide des labels à favoriser selon les matériaux et nous a formés à décrypter des fiches techniques (labels, conditionnement des produits, temps de conservation, etc.). Il s’agissait ensuite de s’assurer que nos attendus en matière de développement durable étaient réalisés pendant la production. Nous avions également prévu la réalisation d’un bilan matière. Nous avons donc inscrit la transmission des données nécessaires à la réalisation du bilan au sein du CCAP et pris le parti de conditionner le paiement des prestations à la bonne remise de ces données par les entreprises. »

    Ismène Bouatouch

« Capitaliser sur “Expérience Goya” pour pousser l’exercice plus loin » (Christelle Terrier)

  • « La prochaine co-production entre le Palais des Beaux-Arts de Lille et la RMN-GP portera sur l’exposition “La Forêt Magique” qui se déroulera au PBA du 13/05 au 18/09/2022. Nous avons souhaité capitaliser sur “Expérience Goya” pour pousser l’exercice plus loin. La nécessité d’associer les entrepreneurs dès la conception de la scénographie et de respecter des objectifs de développement durable nous est apparue. Nous rendons indissociables la conception et la réalisation, ce qui permet d’optimiser les objectifs d'éco-conception. Il s’agira également d’une exposition encore plus immersive avec des technologies, des dispositifs numériques et des œuvres contemporaines. Elle sollicitera également les sens, notamment avec une dimension olfactive.

    Capitaliser sur les ressources propres du musée »

  • Pour la mise en lumière et les installations audiovisuelles, l’objectif était de capitaliser sur les ressources propres du musée, d’où l’importance d’être accompagnés de professionnels très en amont pour intégrer et prendre en compte les limites des équipements dans le projet. Cela implique aussi une refondation profonde des modalités de construction et de production. Nous avons lancé une consultation en deux lots : un lot “conception” (scénographie, graphisme, éclairages) et un lot “aménagement scénographique” (agencement, électricité-éclairage, graphisme et signalétique, audiovisuel).
  • L’ambition de “La Forêt magique” sera de récupérer 60 à 70 % de la scénographie existante, réalisée par Maciej Fiszer. La rotonde de l’atrium sera conservée d’une exposition à l’autre. Nous utiliserons également des matériaux biosourcés et allons veiller au plan de démontage et au réemploi ultérieur des éléments. Ce réemploi portera à la fois sur les 60 à 70 % de la scénographie réutilisés pour “La Forêt Magique”, mais aussi sur les 30 à 40 % restant. Dans l’utilisation des matériaux et ressources propres du musée, il a fallu référencer tous les équipements faisant partie de l’appel d’offre et du marché, ce qui implique un suivi et une bonne connaissance des matériaux disponibles.
  • La démarche a été stimulante du point de vue créatif, mais aussi ressourçante sur le plan humain, du fait des liens que nous avons pu tisser entre établissements. L'éco-conception n’implique pas que des contraintes. »

    Christelle Terrier

« Créer des processus d'éco-conception différents » (Maciej Fiszer)

Il faut envisager les éléments comme un jeu de Lego »
  • « Les cimaises modulables ne sont pas quelque chose de nouveau. Nous les avons pensées, mais elles ont été mises au point par l’entreprise. Les entreprises ont d’ailleurs chacune leur méthode pour réaliser ces équipements. Cela pose la question des droits, puisque produire du matériel réutilisable implique qu’il soit potentiellement réemployé par d’autres entreprises. Du point de vue du scénographe, il faut envisager les éléments comme un jeu de Lego à réutiliser pour faire autre chose, transformer l’espace. J’ai eu l’expérience de réaliser trois expositions successives au Petit Palais, dont l’enjeu était de réutiliser le matériel pour concevoir trois espaces différents, ce qui était très stimulant d’un point de vue créatif.
  • Il existe également des enjeux du point de vue de l’ingénierie, lorsqu’un scénographe passe du temps à créer des éléments, fait preuve de créativité, pour ensuite les céder au suivant. Peut-être y a-t-il un équilibre à trouver ou des choses à inventer. Certains lieux, comme le Jeu de Paume • Centre d’art contemporain créé en 1991 • Missions : Diffuser l’image des XXe et XXIe siècles (photographie, vidéo, art contemporain, cinéma, création en ligne…) Produire et coproduire des… ont par exemple pris le parti d’un stock de vitrines au design très simple qu’il faut réutiliser, ce qui correspond au cahier des charges de ce lieu qui propose principalement des photographies et des documents graphiques qui n’impliquent pas de scénographie extrêmement élaborée. Je ne crois pas à l’uniformisation des choses, mais à la possibilité de créer des processus d’éco-conception différents. »

    Maciej Fiszer

Palais des Beaux-Arts de Lille

Inauguration : 06/03/1892

Superficie : 22 000 m²

Fréquentation :
- 169 965 visiteurs en 2021 (+60,3 %)
- 106 005 visiteurs en 2020
- 297 610 visiteurs en 2019

• Direction : Bruno Girveau

• Contact : Mathilde Wardavoir, service presse

Tél : 03 20 06 78 18


Catégorie : Musée


Adresse du siège

18 Rue de Valmy
59000 Lille France


Consulter la fiche dans l‘annuaire

Fiche n° 665, créée le 16/10/2013 à 05:05 - MàJ le 28/01/2022 à 17:13

©  D.R.
©  D.R.